DU THEATRE D’AGRICULTURE.
8o3
du vrai vin , qu’il propose même de s’en servirpour la communion dans l’église ( Acta chemicaHolmiensia, tom. II, pag. 1 ) . Ceci est re-marquable; malgré l’enthousiasme des peuplesdu Nord pour la bière , leurs prêtres ne l’ontpas jugée digue de remplacer le vin pour célé-brer les saints mystères. Il faut que le jus desgroseilles approche davantage de celui des rai-sins , puisqu’on propose à la Suède son emploidans la sainte cène.
Le révérend M. Hierneè toit si convaincu del’avantage qui en résulteroit pour son pays ,qu’il vouloit que le Gouvernement ne s’arrêtâtpas à l’obstacle que lui opposerait, sur ce point,l’esprit de routine des gens de la campagne.Dans son enthousiasme patriotique, il vouloitque le peuple fût forcé à cultiver les groseilles(opus -vero est ut plebs , pecudum instar, àsuper lo ri manu ad hoc opus dirigatur. Ibidem ,pag. 2q3). C’est pousser le zèle bien loin. Jene crois pas qu’on doive , pour quelque motifque ce soit, considérer un peuple comme untroupeau de bêtes , pecudum instar, et l’on estun peu étonné cpie ce soit un pasteur qui se soitpermis d’employer cette comparaison.
Le célèbre Vallerius , qui a joint ses notes àla dissertation de M. Ilierne , vient à l’appuide celui-ci sur la bonté et Insalubrité du vin degroseilles. Il propose même deux autres mé-thodes pour faire ce vin ( ibidem , pag. 1 77).
Rozier s’est fait honneur aussi de communi-quer à la France sa composition détaillée d’uneliqueur qu’il appelle , sans hésiter, un vrai vinde groseilles (Journal cité, page 186). Il pro-pose l’usage de cette Liqueur aux provinces oùle vin est cher , et même au reste de la France ,dans les années de disette. Je transcris sa recette :
a Prenez des groseilles , telle quantité qu’ilvous plaira ; plus la masse sera forte, plus levin qu’on en obtiendra sera parfait : cueillez-les dans leur parfaite maturité. Commencez larécolte quand la rosée et le brouillard serontdissipés, et lorsque le soleil commencera à êtreardent; laissez ces fruits exposés au soleil aumoins pendant quelques heures , ensuite, sé-parez - les de leurs grappes , dans un grandtonneau défoncé d’un côté , qui servira de cuve.Avec des pilons , écrasez-les autant qu’il sera
possible. Si vous voyez que le suc soit visqueuxou trop épais, ajoutez quelques litres (quelquespintes) d’eau, mais modérément, et seulementpour lui donner de la fluidité , parce que sansfluidité point de fermentation tumultueuse , la-quelle est absolument nécessaire pour diviserles principes des corps qu’on veut faire fer-menter , et pour les aider, par la division qu’ilséprouvent, à créer l’esprit ardent, qui est l’àmede tous les vins. Si , au contraire , le suc est tropfluide, et s’il ne contient pas assez de muqueuxdoux, ajoutez-y quelques kilogrammes (quel-ques livres ) de sucre ; remuez et agitez pourbien incorporer le tout. Remplissez le tonneauà trois ou quatre doigts près de sa hauteur, etplacez-le dans un endroit, ni trop frais , ni tropchaud , mais tempéré ; c’est la chaleur de la sai-son qui doit décider le local. Dans un lieu tropchaud , la fermentation tumultueuse seroit troprapide , et le vin seroit bientôt gâté. Couvrezlégèrement ce tonneau avec une toile , et placezpar-dessus son couvercle. Au bout de quelquesheures , 011 entendra un siflement qui annonce lafermentation tumultueuse; alors , la masse desfruits commence à occuper un plus grand espace ;elle monte vers le comble. Levez le couverclede temps en temps, et aussitôt que vous vousappercevrez que la masse vineuse commence âbaisser , tirez votre vin doux dans de petits ton-neaux , que vous ferez sur-le-champ encaver,à cause de la trop grande chaleur de la saison.
Laissez ces tonneaux débouchés pendant quel-ques jours , et à mesure qu’ils dégorgeront, ayezsoin de les remplir avec le même vin que vousaurez réservé pour cet effet. Dès que la fermen-tation tumultueuse du tonneau commencera àdiminuer, bouchez-le peu à peu avec son bou-chon , sans l’enfoncer exactement ; mais avineztoujours. Enfin , quand elle sera cessée, bouchezavec exactitude , et ne laissez aucun évent.
» Ce vin restera deux mois sur sa lie. On lesoutirera, passé ce temps , et il formera uneboisson vineuse, légèrement acidulé, qu’il fautbien distinguer d’une boisson aigre. Ce sera unvéritable vin de groseilles, qui aura conservétout son parfum. »
Rozier 11’est pas le seul écrivain qui ait re-commandé en France cette méthode angloise. ^
I i i i i 2,