DU THEATRE D’AGRICULTURE. 829
de guérir. Ainsi, lorsque traitant des maux d’es-tomac , il nous dit qu’ils proviennent tantôt decauses froides , comme phlegme qui descend dela tête, ou de phlegme visqueux contenu enl’orifice de l’estomac ; ou de causes chaudes pro-duisant manque d’appétit, soif, mal de tète,vomissement, ventosité, hoquet, douleur, ilest impossible qu’il se fasse entendre de ceuxqui, par des études antérieures, n’ont pas étéinitiés dans la doctrine sur laquelle ces distinc-tions sont fondées , et le hasard seul dirigeraceux-ci dans le choix des nombreux remèdesqu’il leur indique. Dans les cas de meurtris-sures et de plaies , où il est souvent si impor-tant de pouvoir sur le champ appliquer quelqueremède propre à prévenir les suites fâcheuses depareils accidens , il propose une multitude detopiques plus ou moins composés , que l’on ararement à sa portée, et ne dit pas un mot decelui qui est le plus précieux par son utilité ,celui que la bonne Nature a mis par-tout sousnotre main , et dont l’application devroit peut-être , dans tous les cas récens, précéder celled’aucun autre remède ; je veux parler de l’eaufroide , toute pure , qui , appliquée d’une ma-nière un peu soutenue sur les contusions et surles plaies, même sur les plaies graves, prévientla violence de l’inflammation, qui en feroit leplus grand danger. Ce topique, sans doute,sera bien plus facile à trouver, que le linimentfait par un procédé long et minutieux , avec unrenard jeune et gras , auquel l’auteur paroitavoir une grande confiance, et que tous lesautres baumes et onguens qu’il recommande.
On doit beaucoup à la médecine modernepour avoir écarté cet énorme fatras de composi-tions galéniques qui ont eu la vogue pendantplusieurs siècles, et pour avoir réduit les médi-camens , tant internes qu’externes , à un petitnombre de remèdes simples et actifs. La pra-tique en devient plus facile , et elle acquiertpar - là une marche bien plus assurée qu’elle nepouvoit l’avoir, au milieu du vague et du cahosdes formules anciennes.
O11 a souvent tenté de mettre la médecine àla portée de ceux qui, par leur état et leurs oc-cupations étant étrangers à cette science, veu-lent cependant en avoir quelques notions , et
acquérir quelques lumières propres à les dirigerdans le traitement des maladies qui attaquentleurs amis ou les personnes de leur famille.
Malgré le mérite de quelques-uns de ces ou-vrages , tels que l 'Avis au Peuple, de Tissot, etla Médecine domestique, de liuchan , on peutavouer que malheureusement ces tentatives ontété jusqu’ici infructueuses, peut-être même ont-elles été plus nuisibles qu’utiles, parce que lapratique de la médecine suppose une grande va-riété de connoissances , qu’on ne peut obtenirque par des études longues et approfondies, etpar des travaux pénibles et salutaires pour laplupart des hommes : elle suppose un tact par-ticulier , une sagacité à reconnoître les mala-dies sous toutes leurs formes diverses, qu’unlong exercice et l’habitude d’observer des ma-lades peuvent seuls donner. Les méprises sansnombre dans lesquelles de pareils ouvrages ontfait tomber ceux cjui ont voulu en suivre lesmaximes , n’en démontrent que trop les incon-véniens.
La manière la plus sûre d’étendre sur toutesles classes du peuple les bienfaits de la sciencemédicale n’est pas d’enseigner la médecine àtout le monde, mais de multiplier les moyensd’instruction pour ceux qui sont appelés à l’exer-cer : il faut les faciliter sur-tout à cette classenombreuse d’hommes cpii, destinés à pratiquerdans les campagnes , n’ont pas été à portée d’ac-quérir , dans leur jeunesse, les lumières que cetétat exige; ceux même qui ne l’ont entreprisqu’après s’y être préparés par les meilleuresétudes regrettent souvent, lorsqu’ils sont en-trés dans la carrière de la pratique, de se voiréloignés des sources où ils ont puisé les prin-cipes qui les dirigent. Il seroit à souhaiter quedans tous les chefs-lieux de Départemens , danstoutes les villes où se trouvent des médecins ins-truits par une longue expérience, l’un d’en-tr’eux fût chargé de donner aux jeunes prati-ciens des campagnes, des leçons qui seraientplus particulièrement relatives aux maladies lesplus communes de chaque pays. Nous avons euoccasion de sentir l’utilité d’une pareille insti-tution , qui est en activité dans le départementdu Léman. Le savant docteur Odier, non moinsrecommandable par sa philantropie que par ses
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