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Livre II. La France.
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CASTELNAU!) AK Y, Cil ALABRE, LIMOUX, CARCASSONNE . 275

Clialabrc, toutes situées au sud dans la vallée supérieure de l'IIers, sont aussi des bour-gades manufacturières expédiant beaucoup de draps et de lainages.

Clialabrc est déjà en plein pays de montagnes, presque à la base des petites Pyrénées ,et les vallées charmantes qui sc rencontrent dans le bassin de la ville s’entremêlent avec, d’autres vallées que parcourent des affluents de l’Aude . Cette dernière rivière entre parl’effrayant défilé de Carcanières sur le territoire du département auquel elle a donnéson nom ; puis, après une succession d’autres gorges non moins âpres d’aspedt, où lesingénieurs ont eu de la peine à construire leurs routes, elle sort de la région des petitesPyrénées : là s’est placée, comme la gardienne de l’issue, la petite ville de Quillan, nonmoins industrieuse que Clialabrc et possédant comme elle des filatures de laines et desfabriques de draps ; elle exploite aussi dans ses scieries, mais trop activement, les boisque la rivière lui apporte des montagnes, et c’est même pour utiliser encore plus vite lesrestes des forêts pyrénéennes que l’on s’occupe de construire le chemin de fer de Limoux à Quillan : les sapins de Sault, qui croissent au sud de la grande « dus » de l’Aude ,sont, non les plus grands, mais « les meilleurs du monde» '. Les sources médicinales decette région des Pyrénées forment un groupe assez important par les vertus de leurs eaux.Au sud-ouest, dans un joli vallon, jaillissent les fontaines sulfurées calciques de Ginoles ;au nord-est, dans l’âpre vallée du Sais, que domine le pic de Bugaracli, coulent lessources ferrugineuses et salines de llennes-les-Ilains, qui jouissent d’une très-granderéputation. En aval de Quillan, au bord de l’Aude , d’autres fontaines ferrugineuses,celles de Couiza, sont très-fréquentées ; enfin, plus bas encore sur le cours de la rivière,se trouve le bourg d’Alet , célèbre par ses thermes salins et ferrugineux, à l’eau sédativeet fortifiante. Alet fut au moyen âge un chef-lieu d’évêché ; on y voit les restes d’unecathédrale, fort curieuse par la ressemblance de son plan avec celui d’un temple romain,et un ancien palais épiscopal, dont l’énorme masse domine les maisons du bourg. A l’issuede la gorge qui ferme le bassin d’Alet , on remarque les piles ruinées d’un pont romain.

Limoux , bâtie entre des coteaux blanchâtres, qui produisent les bons vins blancsconnus sous le nom de « blanquette », s’adonne, comme Chalabre et Quillan, à l’industriedes étoffes et des feutres. Ses draps étaient jadis fort appréciés ; mais l’industrie localea grandement souffert du manque de communications faciles ; elle n’a même de cheminde 1er que depuis une époque toute récente. Le chef-lieu du département, Carcassonne ,l'antique Carcaso , d’origine romaine et probablement ibérienne, est beaucoup mieuxsituée pour les facilités du commerce. Elle occupe, sur la grande voie historique de laMéditerranée à l’Océan, l’endroit où viennent se réunir les vallées de l’Aude et du Fres-qucl et où la première de ces deux rivières change complètement de direction. Carcas-sonne est donc un lieu d’entrepôt nécessaire. Elle fut aussi, comme sa voisine Castel-naudary, une ville militaire des plus importantes pour la possession de toute la contréecomprise entre les Cévennes et les Corbières . L’antique « Cité » qui se dresse sur unecolline, au-dessus de la rive droite de l’Aude , rappelle encore par son aspect tout féodalles incessantes luttes du moyen âge. A l’exception d’Aigues-Mortes, nulle ville de France 11 e présente une physionomie moins en accord avec les mœurs de notre temps. Leslortifications n’ont pas, il est vrai, la régularité de celles d’Aigues-Mortes , mais elles sontintéressantes surtout à cause de la différence des styles : d’après M. Viollet-le-Duc, quia réparé et reconstruit une partie de la Cité, les deux enceintes et les cinquante touisde cette forteresse forment un cours complet de l’architecture militaire du cinquièmeau quatorzième siècle ; la porte Narbonnaise, près de laquelle on voit encore 1 imagesymbolique de la dame Garnis, la tour de l’Évêque, le château et l’église Saint-Nazaire,

1 Ch. Bl'oilliard, Revue des Deux Mondes , 15 avril 1870.