Rouge qu'il côtoyé sur une très grande longueur, engage à croire que l’on pour-rait aisément trouver un endroit moins sablonneux , par où l’on dériverait unbras du fleuve pour le conduire à cette mer, tandis que l'on irait à la Méditer-ranée en suivant son cours actuel, ce qui serait un véritable canal à point departage, qui pourrait même n’avoir pas besoin d’écluses.
L’histoire fait mention qu’un projet de cette espèce fut entrepris par lesArabes , lorsqu’ils se furent emparés de l’Égypte ; et l’on sait encore qu’AIbu-kerque proposa à l’empereur d'Éthiopie d’ouvrir au Ail, à travers ses étals, unpassage dans la mer Rouge , pour ruiner le commerce des Arabes , et éviter leurconcurrence avec celui que les Portugais avaient commencé par une autre voie.
Ce qu’Albukerque proposait pour nuire à un peuple peut probablement s’ef-fectuer pour l’utilité de tous, en ne détournant qu’une partie du Ail pour leconduire à la mer Rouge , au lieu de l’intercepter toul-à-fait du côté de laMéditerranée.
Ce que l’on pourrait cependant dire de plus spécieux contre ce projet, c'estque la traversée de l’istlnne de Suez, pour des voitures par terre, n’étant quede 30 lieues au plus, cet obstacle ne devrait pas empêcher qu’il n’y eût, mêmeà présent, un grand commerce établi dans cette partie, si l’on 11e savait queles transports par terre, quelques petits qu’ils soient, ont presque les memesinconvénients que s’ils étaient fort grands ; et ce qui éloigne totalement de cettecontrée le commerce de l’Inde , qui ne se fait guère à présent par là que pour laTurquie , c’est que l’on a principalement à craindre les brigands, qu’il est presqueimpossible d’cmpècher dans un pays où il ne peut y avoir aucune habitation parle manque d’eau : tandis qu’un canal tiré du Ail fournissant l’eau nécessairepour les besoins de la vie, il n’est pas douteux que ses bords ne fussent bientôtpeuplés, et que l’on n’y établit des forts, par le moyen desquels on aurait bien-tôt empêché toutes les pirateries de cette espèce.
Les avantages de ce passage sont d’ailleurs si considérables, que l’on doitêtre étonné que l’on ne cherche pas à l’effectuer dans un siècle aussi éclairéqu’est celui-ci, et où le commerce a fait d’aussi grands progrès. Pour en aper-cevoir l’importance, il suffît de considérer que le voyage par mer, de Marseille à Alexandrie , se fait ordinairement en quinze à vingt jours On remonte le Ailjusqu’au Caire en trois jours. Il en faudrait moins pour descendre à la mer Rouge , d’où l’on peut se rendre à Surate en moins de trente jours, de sorte quedans un mois et demi, ou deux mois au plus, on communiquerait des ports deFrance aux principaux ports de l’Inde , tandis qu’il faut ordinairement plus du