— 240 —
peut-être également utiles, si l’on veut que tout le royaume profite des avan-tages de ces communications.
QuoiqueM. Thomassin ait beaucoup écrit sur les canaux, et que ses ouvragessoient encore ce qu’il y a de mieux sur celle matière, malgré plusieurs erreurs,néanmoins il n’a publié aucun détail du projet du canal du Charolais, qu’il acependant certainement fait en entier. On ne conçoit pas pourquoi il a tenucachées ses opérations et son projet : il était tout naturel qu’en l’opposant à celuidu canal de Bourgogne , dont M. Abeille avait donné les plans et fait imprimerune espèce de devis et un estimatif assez détaillé pour pouvoir en juger avecconnaissance de cause, M. Thomassin fit imprimer un devis et un estimatifpareil, afin que l’on pût juger, par la comparaison de l’un et de l’autre, lequeldes deux on devait entreprendre le premier, ou si l’on devait les entreprendretous deux.
M. Thomassin n’a donné qu’une comparaison succincte de la longueur desdeux canaux et du nombre de leurs écluses; encore s’est-il trompé assez consi-dérablement dans l’estimation des longueurs. Il trouve que par le canal du Cha-rolais il y aurait 126 lieues de Lyon à Paris et qu’il n’y en aurait que 118 parle canal de Bourgogne , en quoi il sc trompe à son désavantage; puisque celtelongueur, mesurée exactement sur la grande carte de Cassini, n’est véritable-ment plus petite que d’une lieue par le canal de Bourgogne que par celui duCharolais. À l’égard du nombre des écluses, il dit qu’il n’y en aura que 76de 2,6 mètres de cliûte, au lieu qu’il y en a 80 : il ne s’éloigne donc pas beau-coup ici du vrai. Il porte aussi la dépense à 10 millions, ce qui excède mêmel’estimation actuelle, surtout, eu égard à la différence de valeur des ouvrages,au temps où il a fait cette estimation , à leur valeur actuelle. Mais il n’employaitpour le canal que les étangs de Long-Pendu et des environs, qui n’auraientréellement pu fournir qu’à une très petite navigation, et ne forment pas lequart de toutes les eaux que l’on peut rassembler d’ailleurs.
On voit donc que M. Thomassin avait réellement fait un projet détaillé dece canal, et qu’il était assurément de bonne foi, puisque scs erreurs sont audésavantage de la cause qu’il voulait soutenir.
M. de Lalande semble croire que M. Thomassin ne donna la préférence aucanal du Charolais que parce que M. le duc d’Orléans , régent, s’intéressait à lajonction de la Saône à la Loire , à cause des canaux d’Orléans et Loing qui luiappartenaient , et à cause de M. de Vauban qui avait ses terres dans le Charolais.Mais lorsqu’il fut renvoyé en 1696 par le maréchal de Vauban, son avis avait