Les Romains ont laissé dans tous les genres, et dans toutes les parties de leurvaste empire, des monuments qui sont autant de témoignages de leur puissanceet de leur grandeur : cependant, parmi les ponts qui leur sont attribués enFrance , ceux dont l’antiquité ne peut pas être contestée sont en fort petit nom-bre, et n’offrent pas des édifices d’une bien grande importance; le superbe aqué-duc du Gard est le seul qui porte l’empreinte du grand caractère que la nationqui l’a fait élever savait imprimer à tous scs ouvrages.
Après le démembrement et la chute de l’empire d’Oecident, la barbarie quis’étendit sur toute l’Europe , et les guerres qui la désolèrent, rendirent les com-munications rares et difficiles, et détruisirent presque entièrement toute espècede commerce. On ne connaît en France aucun pont dont la construction re-monte au-delà du douzième siècle ; et quoiqu’il y en ait un grand nombre pourlesquels l’époque précise de cette construction soit inconnue, ils sont si mal faitsqu’il n’est guère possible de leur supposer beaucoup d’ancienneté. Les rivièresétaient alors franchies par le moyen de bateaux ou de bacs, et les routes n’of-fraient aucune sûreté au petit nombre de voyageurs qui les fréquentaient, etque l’on rançonnait principalement dans ces sortes de passages.
Il se forma dans ce temps, en France et en Allemagne , une association reli-gieuse , dont les membres furent connus sous le nom de Frères du pont. Ils éta-blirent d’abord des hospices auprès des principaux passages des rivières, où ilsprêtaient main-forte aux voyageurs : des quêtes nombreuses leur ayant ensuiteprocuré des fonds considérables, ils se trouvèrent en état d’élever des ponts surles plus grands fleuves. Le premier fut établi sur la Durance, au-dessous del’ancienne chartreuse de Bonpas, et près du lieu où l’on vient d’en entreprendreun autre. Une partie des fondations des piles de ce pont subsiste encore; maiscomme on ne lui avait pas donné un débouché suffisant, il fut bientôt emporté.