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Le second ouvrage entrepris de cette manière est le pont d’Avignon , com-mencé en 1177. Les aumônes qui servirent à payer sa construction furent atti-rées surtout par un prétendu miracle dont le procès-verbal se trouve encore dansla maison commune de celte ville. Le pont du Saint-Esprit ; celui de la Guillo-tière, à Lyon , principalement dù à Innocent IY, et au séjour qu’il fit dans cetteville; celui du saut de Rhône , sur le chemin de Vienne à Genève , ont été éga-lement élevés par l’amour du bien publie excité par le zèle religieux.
A ces grands ponts bâtis sur le Rhône , on voit succéder quelques arches iso-lées, mais d’une assez grande étendue. Le pont de Ccrct, ceux de Nions, deCastellannc, de Ville-Neuve d’Agen , olîrent des arches en arc de cercle de 30 à50 m d’ouverture. Le pont de Vieille-Brioude, construit sur l’Ailier, était le plushardi de tous : la seule arche dont il était composé avait plus de 54 m . Il fut élevéen 1454, aux frais de la dame du lieu. En 1545, un cardinal de Toumon cons-truisit, près de la ville de ce nom, sur le torrent du Doux, un pont d’une seulearche de 49 m d’ouverture.
Tous ces ponts sont élevés avec beaucoup d’économie, et portent à peu prèsle même caractère. Leur largeur, toujours peu considérable, est ordinairementde 4 à 5 ,n , et il y en a peu où elle aille jusqu'à six. A l’exception des ponts surle Rhône , qui sont assez bien construits, les arrêtes des voûtes seulement sonten pierres de taille, et les voussoirs ont très peu de hauteur de coupe; le resteest en moellons. Les reins sont ou allégés par des arcs, ou remplis en terre;les piles sont toujours très épaisses, et au-dessus des hautes eaux leurs pare-ments extérieurs seulement sont construits en pierre; l'intérieur est ordinaire-ment rempli de terre ou de sable. Il est rare que ces ponts soient accompagnésde murs en aile : quelques portions de murs, fondés par redans, et ajoutés auxculées dans l’alignement des tètes, en tiennent ordinairement lieu. C’est dansl’espace de temps compris entre le treizième et le seizième siècles, qu’il fautplacer la construction de tous les ponts de cette espèce; et d’après l'extrême éco-nomie avec laquelle ils ont été bâtis, il est étonnant que plusieurs d’entre euxaient pu subsister aussi longtemps.
Ces arches d’une grande ouverture, composées d’un arc de cercle dont lacorde était presque égale au diamètre , et qui, par conséquent, s’élevaient à unegrande hauteur , ne pouvaient guère être placées dans l'intérieur des villes oùelles eussent encombré les maisons situées aux environs. Il fallut donc em-ployer un plus grand nombre d'arches , et leur donner moins de largeur. Leplus ancien ouvrage subsistant, élevé sur ce nouveau système , est le pont