Band 
Tome premier.
Seite
196
JPEG-Download
 

— 196 —

voussoirs étaient parfaitement exécutés, et si l’on évitait de les poser sur cales,en adoptant la méthode que les anciens ont suivie dans les constructions dumême genre; et on peut conclure de-là que, par le moyen de cette méthode, onpourrait exécuter des ponts plus hardis et plus légers que la plupart de ceuxqui ont été construits jusqu’à présent.

Cependant, l’altération que les pierres subissent par l’effet du temps, ainsique les imperfections inévitables dans l’exécution des voussoirs, s’opposeraientseules à ce que l’on réduisit les clefs des ponts aux épaisseurs qui, d’après lecalcul, paraîtrait devoir suffire, puisque la moindre épaufrure pourrait diminuersensiblement leur résistance et mettre la voûte en danger de s’écrouler. Maisl’usage de poser les voussoirs sur cales, et la facilité qui en résulte pour les tasse-ments, et en général pour les changements de figure des voûtes, paraissent êtrela principale cause de la grande différence qui se trouve entre les épaisseurs indi-quées par la force de la pierre , et celles qu’on donne ordinairement.

En effet, les cales étant presque, avant l’entière dessication des mortiers, leseul intermédiaire par lequel les voussoirs portent les uns sur les autres, onvoit que la surface résistante n’est plus la surface entière du plan de joint, maisqu’elle se réduit à celle des cales; cl d’après cela il semble qu’on pourrait déter-miner l’épaisseur du voussoir de manière que l'aire des cales sur lesquelles onle pose fût assez grande pour que les parties correspondantes de la pierre pussentrésister à la pression. Mais il faut observer que la force delà pierre ne pourraitpas être évaluée dans ce cas d’après les expériences connues, qui ont été faitessur de petits cubes isolés.

On peut remarquer aussi que le tassement vertical d’une voûte est, toutes choseségales d’ailleurs, d’autant plus grand que la clef est moins épaisse. Ce tassementdépend effectivement du raccourcissement de la courbe DErf (PI. XII, fig. II)qui réunit les points d’appui des voussoirs , ou ceux autour desquels ils tendentà tourner dans les mouvements de la voûte (1) : cette courbe passe parles pointsde rupture D et (Z, et par le point E, sommet de l’extrados, et elle est d’autantplus surbaissée que la clef est moins longue. On voit facilement que si l’onconnaissait la compression des cales, ou le raccourcissement que la courbe subitrelativement à une pression déterminée, on pourrait fixer la valeur du tassementcorrespondant à une longueur de clef donnée. Ce tassement serait d’autant plusgrand que la courbe DErf serait plus surbaissée : or, plus le tassement est consi-

(1) Voyez le chapitre suivant.