pressible, et que , dans la chute de la voûte , ces culées tourneraient, sans sedisjoindre , autour de leur arête extérieure. Ces suppositions sont, en général,fort éloignées de la vérité. La chute d’un pont ne pourrait guère arriver sansqu’il ne se fit quelques disjonctions dans les culées , avec quelque soin qu’elleseussent été construites ; et quand même il ne s’en ferait aucune, ces culéesne pourraient point tourner autour de leur arête extérieure, où les pierres s’é-craseraient nécessairement sous l’elTort qu’elles auraient à soutenir, effort qu’ondoit chercher, par cette raison, à répartir sur une surface suffisamment grande.Quant à l’incompressibilité des fondations, cette condition est encore très diffi-cile à obtenir exactement, surtout quand la maçonnerie des murs n’est pointétablie sur une plate-forme posée sur des pilotis, et on ne peut douter que lachute de la plus grande partie des ponts ne doive être attribuée aux mouve-ments qui se sont manifestés dans les points d’appui sur lesquels ils étaientportés : mais comme la fondation approche d’autant plus d’être incompressibleque l’effort qu’elle supporte se trouve distribué sur une plus grande surface, leconstructeur est obligé, pour rapprocher les circonstances physiques des hypo-thèses analytiques, d’augmenter les dimensions des points d’appui.
On explique de cette manière la différence qui se trouve entre les mesuresdont la pratique fait usage et celles qui sont indiquées par la théorie; mais s’ilest facile d’en conclure qu’il faut augmenter ccs dernières d’une certainequantité, il n’est pas aussi aisé de déterminer la valeur de cette augmentation (1).Elle dépend évidemment de la nature des matériaux et du genre de construc-tion qu’on emploie, de la nature et de la solidité plus ou moins grande de lafondation, et des autres circonstances particulières au pont dont on fait le projet.11 est prudent d’adopter des épaisseurs plus grandes que celles qui sont indiquéesdans le tableau précédent, ou qu'on pourra calculer par le moyen de la mêmethéorie : mais comme cette théorie, dans son application aux arches très sur-baissées , donne des épaisseurs très considérables, on a cherché et on est parvenupar différents moyens, ainsi qu’on le verra ci-dessous, à réduire celte masseénorme de maçonnerie sans rien lui faire perdre de sa force de résistance.
Les voûtes peuvent être élevées sur des piédroits : alors la position des points
(1) On trouvera, dans une noie placée à la suite de ce chapitre, des notions sur la résistanceque les massifs de maçonnerie opposent aux pressions horizontales, d’après lesquelles on pourraprendre en considération les diverses circonstances dont on vient de parler ici, et dont lathéorie présentée ci-dessus ne tient point de compte.