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treindre à cet usage, il eût fallu construire des piles énormes, qui, à l’inconvé-nient de donner au pont un aspect extrêmement lourd, auraient réuni lesinconvénients plus importants d’entraincr des dépenses considérables, et d’obs-iruer beaucoup le passage de l’eau.
Ce dernier défaut donne effectivement lieu à la principale objection qu’onpropose contre les piles épaisses. La résistance qu’une pile oppose au courant etla contraction qu’elle lui fait subir dépendent en grande partie de la largeur decelte pile : toutes choses égales d’ailleurs, un pont dont les piles seront épaissesaura plus de disposition à être affouillé que celui où elles seront minces, et ilfaudra, par cette raison seule, augmenter la surface de son débouché, et consé-quemment sa longueur. Mais on diminue l’importance de cette objection enobservant que , quand les dimensions d’une pile sont un peu considérables, ilest difficile qu’elle soit emportée par une seule crue ; on peut presque toujoursarrêter les progrès des affouillements avant qu’ils ne soient devenus dangereux.Une pile étroite ne présente pas les mêmes propriétés, à moins qu’elle ne portesur de larges empâtements, et alors l'avantage qu’elle offre, sous le rapport del’économie, se réduit presque à rien.
Mais si l’épargne qu’on peut faire sur la maçonnerie en employant des pilesétroites est peu de chose, et s’il n’y en a presque point sur la fondation, à raisondes larges retraites sur lesquelles il est convenable de les établir, elles nécessitentune augmentation considérable dans la dépense des cintres, parce qu’ellesobligent à cintrer toutes les arches en même temps, tandis que, sans cela, lesbois employés aux deux premières arches peuvent servir pour toutes les autres.Cet inconvénient est presque toujours très important, et il le deviendra d’autantplus que la rareté des bois se fera sentir davantage. Dans les cas même où il n’ya aucun danger à faire porter les arches sur des piles très minces, comme lors-qu’elles sont établies sur le rocher et qu’on ne craint pas qu’aucune d’elles puissejamais être emportée, l’augmentation du prix des cintres peut obliger à rejetertotalement l’emploi de ces piles, et à proscrire par conséquent les arches trèssurbaissées qui les exigent absolument. 11 paraît effectivement que les arches enarc de cercle, ou en anse de panier très surbaissée , doivent toujours être portéessur des piles peu épaisses, et que l’une de ces dispositions.entraîne nécessaire-ment l’autre. Les inconvénients qui résultent de l’emploi des piles minces sejoignent donc à toutes les raisons qui s’opposent à ce que les voûtes très surbais-sées soient adoptées généralement pour la construction des ponts.
Lorsqu’on ne peut pas donner à toutes les piles l’épaisseur qu’elles devraient