Band 
Tome premier.
Seite
287
JPEG-Download
 

— 287 —

avoir pour faire les fonctions de culées, et lorsque cependant la grande longueur dupont et de la nature du terrain laissent quelques craintes sur la solidité de l’édi-fice, on peut adopter une disposition qui diminue un peu les dangers résultantde l’emploi des piles minces. On partage le pont en plusieurs parties, en construi-sant d’espace en espace des piles capables de soutenir la poussée des voûtes.Alors si une pile intermédiaire vient à être emportée, cet événement entraîne àla vérité la chute de quelques arches, mais on n’est point obligé de reconstruirele pont tout entier. Si le pont était établi sur un radier général, on ne devrait pascraindre les affouillcments; cependant, comme il peut encore se faire que quel-ques parties du radier soient emportées, il est convenable, dans ce cas même, demettre la résistance des piles en équilibre avec la poussée.

Lorsque les piles doivent servir de culées, on détermine leur épaisseur d’aprèsles principes exposés dans le chapitre précédent. Quand leur objet est seulementde porter le poids des arches, la résistance de la pierre dont elles sont construitesest la principale considération à laquelle on doive avoir égard , et la seule qu’onpuisse soumettre au calcul. Elle conduit à des dimensions fort inférieures à cellesqui sont en usage. M. Perronct a remarqué que les piles du pont de Neuillysupporteraient encore la masse dont elles sont chargées, si on réduisait leurépaisseur à 58 centimètres. Il admettait, àla vérité, qu’on ferait porter à la pierreun poids égal à celui sous lequel elle s’est écrasée dans les expériences. Ces piles,qu'on regarde comme très hardies , ont effectivement 4 m ,52 d’épaisseur (I). Ilparaîtrait, d’après cet exemple, qu’on ne doit point, pour fixer l’épaisseur d’unepile, s’en rapporter uniquement à la force de la pierre; il faut avoir égard aussià diverses circonstances qu’il n’est pas possible de soumettre au calcul, telles quela nature de la construction qui peut être uniquement en pierres de taille, oudont quelques parties peuvent être en moellons ou en libages , la force deschocs à laquelle la pile doit être exposée, soit de la part des glaces, soit de lapart des arbres ou des autres corps que la rivière peut entraîner, et surtout lamanière dont la pile doit être fondée. Il n’est pas douteux, en effet, que, lorsquela charge considérable qu’une pile doit soutenir est répartie sur une grande sur-face, sa fondation ne doive inspirer plus de confiance, soit relativement auxaffouillcments qui sont alors moins dangereux et plus faciles à réparer, soit rela-tivement aux tassements inégaux qui peuvent s’y manifester ; et on ne peut

(1) On peut remarquer que la proportion des piles du pont de Neuilly est à peu près con-forme aux notions présentées ci-dessus, pag. 20o.