334 HISTOIRE
d’institution, point de compagnie, point de corps, en un mot, dans lesquels il ne sesoit glissé quelques abus. Si leur anéantissement était le seul remède, il n’est rien dece que la prudence humaine a établi qu’on ne dût anéantir, et l’édifice même de laconstitution politique serait peut-être à reconstruire dans toutes ses parties.
» Mais, Sire, Votre Majesté elle-même ne doit pas l’ignorer, il y a une distanceimmense entre détruire les abus et détruire les corps où ces abus peuvent exister. Lescommunautés d’arts et métiers qu’on engage Votre Majesté de supprimer en sont unexemple frappant. Elles ont été établies comme un remède à de très-grands abus; onleur reproche aujourd’hui d’être devenues la source de plusieurs abus d’un autre genre ;elles en conviennent, et la sincérité de cet aveu doit porter Votre Majesté à les réfor-mer, et non à les détruire.
» Il serait utile, il est même indispensable d’en diminuer le nombre. Il en est dontl’objet est si médiocre que la liberté la plus entière y devient en quelque sorte de néces-sité. Qu’est-il nécessaire, par exemple, que les bouquetières fassent un corps assujettià des règlements? Qu’est-il besoin de statuts pour vendre des fleurs et en former unbouquet? La liberté ne doit-elle pas être l’essence de cette profession? Où serait lemal quand on supprimerait les fruitières ? Ne doit-il pas être libre à toute personne devendre les denrées de toute espèce qui ont formé le premier aliment de l’humanité?
« Il en est d’autres qu’on pourrait réunir, comme les tailleurs et les fripiers, lesmenuisiers et les ébénistes, les selliers et les charrons, les traiteurs et les rôtisseurs,les boulangers et les pâtissiers, en un mot tons les arts et métiers qui ont une analogieentre eux, ou dont les ouvrages ne sont parfaits qu’après avoir passé par les mains deplusieurs ouvriers.
» Il en est, enfin, où l’on devrait admettre les femmes à la maîtrise : telles que lesbrodeuses, les marchandes de modes, les coiffeuses; ce serait même préparer un asileà la vertu, que le besoin conduit souvent au désordre et au libertinage. En diminuantainsi le nombre des corps, Votre Majesté assurerait un état solide à tous ses sujets, etce serait un moyen sûr et certain de leur ôter h tous mille prétextes de se ruiner enfrais, et de les multiplier avec un acharnement que l’intérêt seul peut entretenir; etsi, après l’acquittement des dettes des communautés, Votre Majesté supprimait tousles frais de réception généralement quelconques, à l’exception du droit royal qui atoujours subsisté, cette liberté, objet des vœux de Votre Majesté, s’établirait d’eile-même, et les talents ne seraient plus exposés à sé plaindre des rigueurs de la fortune.
» Ces motifs, sans doute, feront impression sur le cœur paternel de Votre Majesté.Jusqu’à présent, nous n’avons parlé qu’au père du peuple; il est un dernier motif quenous devons présenter au monarque. Ce motif est si puissant, que notre zèle pour lebien public (car Votre Majesté voudra bien être persuadée qu’il est plus d’un magistratdans son royaume qui s’occupe du bonheur commun), notre amour et notre respectpour votre personne sacrée, ne nous permettent pas de le passer sous silence. C’est lamanière dont on a voulu faire envisager à Votre Majesté les statuts et règlements des