» ouvrage fut présenté à M. de Riquet en 1660, dans un temps» où l’art de conduire et de conserver les eaux était à peine» connu en France . Ce petit essai se sentant de ma trop grande» jeunesse et de mon peu d’expérience , fut cependant jugé» très-avantageusement par M. de Riquet ; mais 11e pouvant» m’instruire en profitant des fautes qu’on aurait pu faire dans» la conduite d’un Canal exécuté , je fus obligé de devenir créa-» leur, et mon plus grand embarras a toujours été de persuader» ceux qui ne pouvaient ou ne voulaient m’entendre.
» Le premier projet que j’ai fait pour joindre les deux mers,» ne prouvait seulement que la possibilité de son exécution; il» manquait à cette idée d’enseigner les moyens d’en surmonter» les obstacles.
» Au commencement de l’année 1G60, je fis un voyage à» Lucques en Italie , pour requérir la succession de signora» Claire Massei, femme de J. B. Andreossy, sénateur de la» république de Lucques. Je parcourus avec autant de plaisir» que d’intérêt, la patrie de mes ancêtres , et visitai très-atten-» tivement tous les Canaux dont ce beau pays abonde. La décou-'» verte des écluses et des retenues d’eau faite dans le quinzième» siècle, et mise en pratique dans le Padouan, prépara la jono-» tion que Léonard de Vinci fit à Milan , des deux Canaux navi-» gables de l’Adda et du Tésin. Ces modèles m’ont fourni plu-» sieurs matériaux que j’ai rassemblés, et qui m’ont servi pour» faire le projet du Canal du Languedoc que je ne pouvais» perdre de vue.
» A la fin de l’année 1660, à mon retour en France , je fis» part à M. de Riquet de mes observations sur les Canaux que» je venais de visiter ; je détaillai différens ouvrages hydrau-« liques qui pouvaient s’adapter à toute espèce de Canal de» navigation. Ces observations firent impression sur M. de Riquet,