32 . COLLECTION ARCHÉOLOGIQUE
Je ne dois pas m’arrêter trop longtemps sur un sujet très-connu et dontdivers historiens distingués ont parlé beaucoup mieux que je ne le pourraisfaire : je me borne à dire que pendant le cours du xvf siècle, l’horlogeriesuivit le progrès des autres arts, et que plusieurs horlogers, dont je ferai con-naître les noms plus tard, étaient dignes, par leur talent, de marcher côte-à-côte avec les ouvriers orfèvres, imagiers, sculpteurs, ciseleurs, bijoutiers, etc.,les plus renommés de l’époque. La plupart de ces horlogers ne se bornaient pasà faire les mouvements d’horlogerie des montres et des horloges portatives;ils faisaient tout aussi bien les boîtes et ils les décoraient avec un grand artsans avoir besoin d’être aidés par le graveur, le ciseleur, l’émailleur, le bi-joutier ou le joaillier. Les rouages ne se faisaient pas alors, comme on lesfait aujourd’hui, avec des découpoirs, des scies mécaniques, des laminoirset autres machines très-commodes. On ne trouvait pas non plus, comme àprésent, des calibres ou plans de montres et d’horloges tout préparés, deséchappements prêts à mettre en action. Chaque ouvrier suivait sa propreinspiration; il traçait son plan sans s’occuper de celui des autres, souventmême sans vouloir se souvenir de ceux qu’il avait faits précédemment, caril aurait été honteux de se copier servilement, et à plus forte raison de copierles œuvres de ses émules ou de ses confrères. L’horloger traçait donc un plande montre ou d’horloge, puis il forgeait ou faisait forger par ses apprentis lesplatines de cuivre ou d’acier et les autres pièces accessoires; il leur donnaitavec le tour ou la lime la forme voulue, creusait le barillet ou tambourpropre à loger le ressort-moteur, taillait les pas de la fusée pour recevoirla corde de boyau; fendait les dents des roues et des pignons, etc. L’échap-pement, qui est l’organe le plus délicat et le plus important de la machine,demandait des soins tout particuliers, car de sa bonne ou mauvaise construc-tion dépend la régularité de la marche du rouage, et finalement de l’aiguilleindicative des heures. Après ce travail venait celui de la partie décorativedu mouvement, qui comprenait la gravure et la ciselure du coq, des piliers,de la potence, de la contre-potence, du porte guide-chaîne, lequel s’appe-lait alors Varrêtoir de la corde de boyau, du cliquet; puis, enfin la doruredes pièces de cuivre et le polissage des objets d’acier. Les organes duréveille-matin, de la sonnerie, se faisaient de la même manière, toujoursà la main, et motivaient une augmentation de gravures, de ciselures, etc.Les boîtes de diverses formes étaient, comme je l’ai dit, ouvrées avecle goût le plus exquis. Ainsi il est donc bien vrai que pour être horlo-ger au xvi e siècle, il fallait avoir des connaissances supérieures et une