DU PRINCE SOLTYKOFF.
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figures. Ainsi, lorsque l’heure sonne, les dogues se mettent à courir entournant la tété; Diane, dont les yeux roulent dans leur orbite, fait partir laflèche ; le petit chien comme les dogues tourne la tête, et, enfin, la machineentière est emportée par l’action du mécanisme : elle peut rouler assezlongtemps sur une surface plane. La statuette de la déesse est d’un dessintrès-correct et d’un charmant modelé.
Les horloges à automates étaient nombreuses en Europe à la fin duxvi' siècle; elles sortaient presque toutes des fabriques allemandes et ita-liennes. Malheureusement ces machines étaient fragiles, l’usure et plusencore la maladresse de certains ouvriers, les détériorèrent promptement,et déjà, sous Louis XIV , il n’en existait qu’un petit nombre; aujourd’hui,je doute qu’on en puisse trouver une seule qui soit complète; celle-ci estune exception; les injures du temps 11 e peuvent plus l’atteindre, les mau-vais ouvriers ne la détruiront pas sous le prétexte de la restaurer. Elle faitpartie d’une collection inaccessible aux charlatans, aux faiseurs; elle vaprendre place parmi bien des chefs-d’œuvre de la renaissance, et malgré ceredoutable voisinage, elle y sera certainement très-remarquée.
N° 13
Voici encore un chef-d’œuvre : c’est une montre octogone en cristal deroche. La monture est en or fin, émaillée bleu et vert. Le cadran est-aussien or et parsemé de bouquets émaillés de plusieurs couleurs. Le mouvementest resté dans sou état primitif. Le coq, le cliquet et quelques autres piècesaccessoires sont à jour et ciselés avec talent. Ce qui rend cette montre pré-cieuse ce sont les cristaux : leurs facettes, gravées avec un art parfait,notamment celles des couvercles, offrent des rinceaux, des fleurs, desoiseaux délicatement travaillés. Sur la facette centrale de chacun de cescouvercles est gravé un amour debout; l’un tient à la main un arc et uneflèche, l’autre un flambeau et un carquois. Ces amours ont sans doute étéburinés sur le cristal par un artiste habile, d’après quelque crayon du Pri-matice. Les amours que ce maître a peints dans ses plafonds de Fontainebleau et ailleurs, ont tous ces formes élégantes et sveltes que 1 on retrouve avecplaisir sur le cristal de cette montre. Ce charmant bijou est de l’époque deHenri III , il fut fait par Lemand, horloger de la ville de Blois .