Orléans le i ; Décembre. La Lieutenance générale du Royaume est confirmée au Roi de Navarre , quiavoir renoncé quelques jours auparavant à ses droits fur la Regence par une conventon faite avec laReine.
L’an iyíi le Roi après avoir tenu un Lit de Justice au Parlement, donne ur Edit au mois deJuillet à Saint Germain en Lave , touchant les disputes de Religion , & accorde une amnistie généralepour le passé; ce qui n’empècnc pas les hérétiques de faire de nouveaux mouvemens fur tout dans leLanguedoc, où ils refusent de fe soumettre à f Edit di Roi; ils font des assemblées pibliques, tiennentà Sainte foi en Agenois, un Synode de toutes leurs Eglises, qui est le premier tenu cr France , prennentles armes par tout , s’emparcnt de force des Eglises, 8c même de plusieurs villes. Le \n li 9 Septembre,í’ouverture du fameux Colloque de Poissy fe fait dans le réfectoire de l’Abbaye , en présence du Roi, dela Reine , des Princes du Sang , de quantité de Seigneurs, de six Cardinaux , 8c de pluicurs ArchevêquesL Evêques. Claude d’Efpenfe & quelques autres Docteurs de Paris y assistent pour le parti Catholique ;
1 heodorc de Bezc , favori de Calvin , digne éleve d’un tel maître , y porte la parole ptur les Hérétiques.Le 16 Septembre on tient une seconde séance , qui est suivie de deux conférences parti ulieres, tenues lc14 Lc le 16 , entre les Docteurs Catholiques, 8c 11 Ministres Calvinistes. Le Général de: Jésuites s’y trouvaaussi par ordte du Légat, dit le P. Daniel; Sc parla dans la seconde séance, avec beateoup' de liberté, ilblâma ce Co. loque, ó> proposa d'envoyer les Docteurs Protestant au Concile de Trente , ijoutJtnt que cétoitdans ces sortes d Assemblées, selon l'usage constant de C Eglise, que les questions fur la Foi pouvaient être.gilees, & dévoient être décidées. Les Calvinistes présentèrent une Profession de Foi, cui fut déclarée in-'uffifente , captieuse & hérétique , par la Faculté de Paris. La censure des Docteurs fut approuvée parl’Assembléc de PoifTì ; & les Ministres ayant refusé de souscrire une formule Catholique, on rompitles Conférences. Les Jésuites profitèrent de l’occasion du Colloque de Poistì pour fe frire approuver. LeRoi de Navarre fe détache du parti des Huguenots, renonce à leurs erreurs, fe reconciic avec les Guises ,8c fe joint au Triumvirat; ctest ainsi que les Huguenots appclloieut lc parti du Duc dt Guise, du Conné-table, Lc du Maréchal de Saint André. Cette année les Calvinistes font de grands ravaces dans le Langue-doc, fur-tout à Montpellier , où ils s'emparent le 17 Juin de l’Eglife Cathédrale , 8c commettent de grandsexcès, austì-bien qu’a Nîmes, Montauban , Castres, Lee.
L’an 1 y 61 le Roi tient une Assemblée au mois de Janvier , à Saint Germain en l aye, donne un Edit , parlequel il révoque , ou modifie celui du mois de Juillet de Tannée précédente. La guerre civile commence danslc Royaume , a Toccasion de Taccidcnt arrivé le 1 Mars à Vassi petite ville de Champagne ; test ce que les Hu-guenots appellerent le Massacre de Vastst , qui fut comme lc signal de la plus cruelle guerre civile. Les deux partisveulent fe rendre maîtres de la personne du Roi : la Reine , qui vouloit-dominer, fans s'attachcr à aucun parti,est dans un grand embarras, Lc obligée de consentir que le parti Catholique emmcnc le Roi de Fontainebleau àParis pour ctre plus sûrement. le 1 d’Avril lc Prince de Coudé s'cmpare d'Orléans , dont toutes les Eglises sontlivrées à la fureur Lc au pillage des soldats Lc bourgeois Huguenots. II s’adressc aux Eglises reforméesde France pour avoir des secours, afin de soutenir la guerre ; il publie des manifestes pour fe justifier ,Sí écrit même au Parlement, dont la sage réponse fut peu fiateufe pour lui. Après la prise d’Orléans,les Huguenots courait aux armes dans toutes les Provinces : le Baron des Adrets , si célébré par sescruautés , se met à la tête des Rcligionnaires en Dauphiné. Dans la fuite ce Baron quitta le parti des Hu-guenots Lc se fit Catholique. Quantité de Gentilshommes, qui avoient servi dans les guerres précédentes,Lc grand nombre de Seigneurs de la première Noblesse , se déclarent pour les Huguenots , ils s’emparentou surprennent plissons des plus riches Lc des plus considérables villes du Royaume : Blois,Tours, Poitiers,Angers, la Rochelle, Rouen, Dieppe, lc Havre de Grâce, Lyon, Lc une infinité d’autres font prises Lclivrées au pillage. Le Maréchal de Tavanncs les empêche d’occupcr les villes dc Bourgogne , où il maintientla Religion Lc Tautorité royale. Par-tout, où ils font les maîtres, ils brisent les Images, ruinent lesEglises ( ce que les Turcs n’ont pas fait à Constantinople , où ils les ont conservées ), brûlent les Reliquesdes Saints, Lc jettent leurs cendres au vent. Celles de saint Martin, respectées depuis tant dc siécles danstoute TEglise, n’échapent pas a leur fureur. Déplus les Huguenots appellent les Anglois à leur secours,Sc leur livrent le Havre de Grâce. La crainte que ces ennemis de la France , ne s établissent dc nouveaudans la Normandie , fait prendre le parti d’astìéger Rouen ; la ville est prise d’alfaut le 2.6 Octobre ; le RoiLc la Reine y entrent trois jours après par la brèche. Le Roi de Navarre qui commandent à ce siège ,mourut le 17 Novembre d’une blessure qu’il y avoir reçue. Après la prise de Rouen, la plupart des villes deNormandie se soumettent au Roi. Le Prince de Coudé après avoir bloqué Paris pendant quelques jours ,se retire vers la Normandie, est battu Lc fair. prisonnier près de Dreux le 19 Décembre, par le Duc deGuise Lc le Connétable , qui est pris lui-même par les Huguenots. Lc Maréchal dc Saint Andié Lc le Ducde Nevcrs périrent à cette bataille.
L’an 1 16; le Duc de Guise entreprend le siège d’Orléans, & y est assassiné au mort dc Février parun émissaire de TAmiral de Coligni, nommé Poltrot. La mort de ce grand Capitaine fut un: perte pourla France. L’Amiral de Coligni fait de grands ravages en Normandie, où il prend Lc saccage plusieurs villes.