HISTOIRE NATURELLE, L I V. XIV. l8z
il n’eût assassiné , clans son ivresse , plusieurs de ses amis (i).En forte qu on peut dire , avec raison, que comme il n’y a riende plus utile pour fortifier le corps que le vin pris modérément,il n’y a rien de plus pernicieux, ni de plus capable de livrer l’arneà la mollesse & aux voluptés ( 3 ), lorfqu’on en prend avec excès.
Des vins de la premiere vogue.
Il n est pas douteux qu’il n’y ait des vins meilleurs les uns queles autres ; & que de deux vins pris à la même cuvée , l’un nepuisse surpasser l’autre en bonté , soit que cela vienne du tonneau,ou de quelque hasard. Ainsi nous laisserons chacun adjuger, selonson goût, la prééminence à rel ou tel autre vin. Livie(i), femmed’Auguste , n’en avoir jamais bu d’autre que du Puciti (1), Ôe elledisoit lui être redevable de quatre-vingt-deux ans de vie (3). Cevin croît près du golfe Adriatique, fur un coteau pierreux, quin’est pas éloigné de la source du Timave. Le raisin dont on lefait se mûrit par les vapeurs de la mer ; aussi n’en tire-t-on quequelques amphores. On prétend qu’il est des meilleurs pourcomposer des remedes. Je pense que ce vin est le même queles Grecs vantent íì fort , & qu’il s nomment Prœcien (4), le-quel croît aussi fur le rivage du golfe Adriatique. L’EmpereurAuguste, & depuis lui presque tous les autres Empereurs , ontpréféré (j) le vin Setin ( 6 ) , ou de Setia , à tous les autres ,parcequ’ils avoient éprouvé qu’il arrivoit très rarement qu’oneût des crudités & des indigestions en usant de ce vin, grâ-ces a ses sels. Le vignoble qui le produit est situé au dessus du
deTerracine. Silius Italicus , livre 8 ,a célébré le vin de Setia comme di-gne d’ètre présenté à Bacchus lui-même :
Ipsius mensis seposta tysì
Seria.
Martial en sait aussi mention comme
d’un vin qui se gardoit long-tems, li-vre 13 , Epigr. 112 :
Pendula Pomptinos cjuàspectat Setia campos ,)Exigua vetulos misit ab urbe cados.
Athénée, liv. 1 , p. 26, fait du Setinun vin semblable au Falerne.