HISTOIRE NATURELLE, L I V. XI V. 2.J7
C’est aussi un mauvais signe lorsque les vaisleaux s échauffent, ouque leurs couvercles suent. Un vin qui commence de bonneheure à jetter de la fleur (i y), & à prendre une odeur étrangère,ne se conserve pas long-tems. Quant aux vins cuits, soit autiers,soit à moitié, on recommande (16) de les faire lorsque la luneest en conjonction, & non pas un autre jour ; & de se servir pourcela de vaisseaux de plomb (17), & non de vaisseaux de cuivre;& d’y mettre des noix, parcequ’elles se chargent de la fumée quipourroit infecter les vins dont nous parlons. Dans la Campanie,on expose aux vicissitudes de l’air les meilleurs vins , après lesavoir enfermés dans des tonneaux ; & on croit qu’il jest très bon (18)de les laisser ainsi exposés au soleil, à la lune, à la pluie &: auxvents.
Considérations morales fur V ivrognerie.
S1 on examine les choses avec attention, on trouvera qu’il n’ya rien à quoi les hommes emploient plus de travail qu’à ce quiregarde le vin, comme si seau, que la Nature fournit libérale-ment , & dont tous les autres animaux se contentent, n’étoit pasla boiflon la plus salutaire. Cependant nous contraignons mêmenos chevaux (1) de boire duvin, St nous achetons, au prix detant de peines, & avec tant de dépenses, une liqueur qui ôte àf homme (z) l’usage de sa raison, qui le rend furieux, & qui estla cause d’une infinité de crimes. II est vrai quelle est si déli-cieuse, que beaucoup de gens ne commissent point d’autre plaisirdans la vie que le vin. II y a plus, c est qu’afin d’en pouvoir pren-dre davantage, nous l’affoiblissons , en le passant par la chausse (z).
qui paraissent épuisé de fatigue , & quiétoitfort vieux , cette boisson le récon-forta , & le rajeunit, pour ainsi dire.Cette pratique est assez celle de tousnos cavaliers. Columelle, liv. z , cha-pitre 3 , recommande de donner duyin aux bœufs échauffés Lc harassés deT orne K.
travail ; il ne veut pas qu’on leur endonne plus de six fédérs.
(2) Quod, homines mente mutet. Ainsiportent les manuscrits. C’est fans rai-son que la plupart des Editeurs substi-tuent quod hominis mentem mutet.
(3) Columelle, liv. 9, chap. 15*
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