Band 
Tome cinquieme.
JPEG-Download
 

HISTOIRE NATURELLE, L I V. XIV. 2, J 9

& que nous inventons d’autres moyens de nous exciter ù boire.On va même, pour cela, jusqu’à employer des poisons ; les unsprenant auparavant de la ciguë (4) , afin que la crainte de lamort les oblige de boire 3 les autres, prenant de la poudre depierre-ponce ( j ), & plusieurs autres choses que j’aurois honte derapporter. Les plus prudents facilitent la digestion des cruditésvineuses ( 6 ), en se mettant dans des étuves, d’où on les emportequelquefois à demi morts. II y en a qui ne peuvent attendre de semettre au lit en sortant du bain, ni seulement de prendre leurtunique, mais qui, toutnuds & encore essoufflés, se jettent avi-dement sur de grandes cruches de vin , qu’ils avalent en entier,comme pour montrer la force de leur estomac. Ensuite ils vo-missent (7), & boivent de nouveau, recommençant un tel manegejusqu a deux &: trois fois, comme s’ils n’étoient dans ce mondeque pour perdre inutilement du vin, ou comme si c’étoit une obli-gation a l’homme d’être le canal par où le vin s’écoule & retourneen terre. D’autres empruntent des barbares les exercices les plusétranges : pour faire voir qu’ils font constitués en vrais buveurs,ils se vautrent (8) dans les fanges même, où ils affectent de plon-ger la tête à la renverse, &s de faire paroître au dehors une forte& large poitrine. Tout cela fe pratique fans honte, parla raisonque ces exercices violents conduisent à boire avec plus d’avidité.

& cet autre passage de Juvénal,

j Crudum pavonem in balnea portas.

(7) Voyez , fur cette pratique, Ci-céron, pro rege Dejotaro p Martial,liv. 3 , Épigr. 8 > 3 Suétone , vie de Vi-tellius , chap. 13 , & vie de Claude ,pareillement au treizième chapitre.Le dernier paílage de cet Historiennous apprend que les Romains se fai-soient vomir en s’enfonçant une plu-me dans la bouche jufqu’au gosier 3pratique qui a été auílì connue des

Grecs, comme le prouve le passage desAcharnìens d’Aristophane :

riTîjjòv «1 tí7 SV ìjí/j-ír*.

Pennam petic ad evomendum.

Le Pere Hardouin a fait remonter jus-qu’à ces plumes l’usage moderne descure-dents. Je ne garantirai point laconjecture de ce Savant : consultez ce-pendant ses raisons chez lui-mcme.

(8) Cette pratique bizarre étoit enusage chez les Scythes. Voyez 1 'Ana-charjìs de Lucien, p. 786, tout aucommencement du chapitre.

K k ij