HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVI. 407
mains, ne manquent pas de crier à la servitude ! Paísons-leur cettemaniéré de penser. Croyons avec eux qu’en les dérobant à notredomination, la fortune les épargne : mais convenons quelle lesépargne (y) à leur grand détriment.
Les forêts nous présentent une autre merveille. Elles couvrenttout le reste de la Germanie, & joignent leur ombrage au froidde ces climats. Les plus hautes ne font pas loin du pays de cesmêmes Cauques dont nous venons de parler ; & on les trouveprincipalement aux environs de deux lacs ( 6 ) , dont les bords fontgarnis de chênes très grands & très gros, qui, étant déracinéspar les vagues, ou poussés par les vents, entraînent avec eux devastes illes qu’ils embrassent de leurs racines. Ces chênes, ainíìsoutenus en équilibre, & debout, voguent fur la mer, au moyende leurs grandes branches qui leur fervent d’agrêts : aussi est-ilsouvent arrivé qu’ils ont causé de fausses terreurs à nos flottes :car ces arbres, étant poussés de nuit (7) par les vagues vers nosvaisseaux alors en station, il est souvent arrivé que nos troupesnavales les prenoient pour des navires qui venoient fur elles dedestein formé ; tellement quelles cherchoient à fe garantir dudanger , &; s’avançoient pour les combattre.
De la grandeur de la forêt Hercynie.
Vers cette même partie duNord, est aussi la forêt Hercy-nie (1). C’est un amas de grands chênes qui n’ont jamais étécoupés. Aussi anciens que le monde (z), ils jouissent encore , par une
ce que j’ai dit dans la note précédentefur les raisons qu il y a de soupçonnerquelque exagération dans le récit re-cueilli par Pline.
(1) Sur l’ancienne étendue, le défri-chement succeilif, & fur les limitesactuelles de la forêt Hercynie ouSchwart^-W^alit , consultez la note
onzième du premier chapitre de mesOrigines Uriennes 3 p. 10.
(2) J’ai amplement traité de cetteforêt primitive, demeure des premiershommes échappés au déluge , dans lepremier chapitre de mes OriginesUriennes , où f ai rassemblé un grandnombre d’autorités anciennes qui vien-