HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. \ Xj
dont voici la composition. Prenez trois septiers de jus de mûres 5faites-les cuire à petit feu, jufqu’à ce qu ils soient réduits en con-sistance de miel. Vous y ajouterez ensuite le poids de deux de-niers de verjus desséché, ou de la myrrhe au poids d’un denier,& autant de safran , après les avoir pilés & mis en poudre : oubien prenez deux septiers de jus de mûres, & un septier de mielAttique, & faites-les cuire de la maniéré qu’cn vient de dire.C’est un remede excellent & propre à nombre d’usages ; il fortifiel’estomac, guérit les maladies de la bouche , raffermit la luette ,,& adoucit la trachée-artere les bronches du poumon.
On ajoute encore des choses singulières & merveilleuses des pro-priétés de cet arbre 5 car on prétend que ses premieresbaies, que lesGrecs nomment ricins (no), étant cueillies de la main gauche, dansle teins qu'il commence à pouffer & qu’il n’a point encore de feuilles,arrêtent les hémorrhagies, de quelque endroit quelles viennent,soit d’une plaie, ou de la bouche, ou du nez, ou même deshémor-rhoïdes ; mais que ces fruits n’ont leur effet qu’autant qu ils n’ontpoint touché terre. On en garde dans les maisons, pour les trouverau besoin , 6 í la maniéré de s’en servir est de les porter pendus aucou, ou attachés a quelque membre. On assure de plus qu’un ra-meau de cet arbre a une vertu toute semblable, étant rompu enpleine lune, dans le tems qu’il commence à développer ses fruits ,pourvu toutefois qu’il n’ait point touché terre : car on juge encoreici cette précaution essentielle. L’on tient fur-tout que les fem-mes qui ont des pertes de sang, guérissent infailliblement en leportant attaché à leur bras ; Le que si elles cueillent elîes-mêmes,en quelque endroit que ce soit, un de ces rameaux , en prenantgarde toujours qu’il ne touche point terre, elles pourront s’enservir dans un semblable cas, avec le même succès, en se rappli-quant de la maniéré que nous venons de dire. Les feuilles del’arbre, cueillies ou sechées , font un remede efficace contre lamorsure des serpents : on les applique fur le mal , les fraîchesétant pilées, & les feches étant cuites dans de l’eau : ou bien on