HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXV. z6f
Quelques Auteurs (31) disent qu’un berger de ce nom fit la dé-couverte de cette plante, ayant observé quelle purgeoit celles deses chevres qui en avoient mangé; & qu’il guérit la folie des fillesde Prœtus (33), en leur faisant boire le lait de ces chevres. Ilconvient donc de parler ici fans interruption de toutes les efpecesd’ellébore. II y en a deux principales (34), le noir & le blanc.La plupart des Auteurs nous disent que cette différence de cou-leur ne doit s'entend te que des racines (35). D’autres (36) assu-rent que les feuilles de hellébore noir ressemblent à celles du pla-tane, fi ce n’est quelles font plus petites, plus noires & plus dé-coupées ; & que hellébore blanc a les feuilles de la bete naissante ( 3 7),mais plus noires encore, A plus rougeâtres au dos des sillons forméspar les côtes de la feuille. L’une & l’autre efpece ont la tige féru-lacée (3 8), haute d’un palme , & enveloppée de pellicules bulbeu-ses (39); & leur racine est frangée (40), c’est-à-dire divisée par filsqui forment un chevelu, comme celle de hoignon. L’elléborenoir fait mourir les chevaux (41), les boeufs , les cochons : aussife gardent-ils bien d’y toucher, quoiqu’ils mangent volontiers dehellébore blanc (41). Celui-ci est bon à cueillir au tems de la mois-son {43). II en croît beaucoup fur le mont Oëta, & le meilleur fetrouve près de hendroit même où fe brûla Hercule (44). Le noirvient par-tout (45); mais le plus recherché vient fur l’Hélicon ,montagne renommée encore par d’autres plantes. L’ellébore blancdu mont Oeta a le premier rang pour la qualité ; le second est
douin , fimbriata avec l’élite des ma-nuscrits, ôc non vibrata avec le vul-gaire des Editeurs. La leçon manus-crite s’autorise encore du texte deDioscoride , chez qui on lit, liv. 4 ,chap. 150 : 'P í(ai S'i , &c. Radices sub-jacent numerosa ternes ac fibrata. 3 abexiguo & oblongo capitulo , ceu capa ,exeuntes , eidemque adnexa.
(41) Theophraste, ibid.
(42) Au moins le menu bétail
mange-r-il de l’ellébore blanc, selonThéophraste , ibid.
(43) Dioscoride, ibid.
(44) Théophraste, ibid. nomme celieu Pyra , c’est-à-dire bûcher , parallusion au bûcher d’Hercule sur lemont Oëta, en Thessalie, dont Clau-dien a dit :
Juga drseris Oetês ,
Herculeo damnata rogo.
(45) Théophraste, ibid. Dioscoride,liv. 4, p. 151.