HISTOIRE NATURELLE, L I V. X XIV 11. i 67
tenoient attaché au mont Caucase ; pórta ensuite au doigt, commeun monument de son supplice, un cercle de fer dans lequel étoitenchâssée' une pierre de ce roc, le cercle de sc r tenant lieu d’an-neau , & la pierre de roc tenant lieu de pierrerie. ■-
De lapierre précieuse queportoitau doigt le TyranPoly cratede celle du Roi Pyrrhus : des plus habiles Sculpteurs &Graveurs de pierres précieuses : du premier baguier depierres gravées qu on ait vu d Rome. , .
Voila par où commença l’estime pour les pierres précieu-ses ; elle dégénéra ensuite en passion, & fut portée si loin, quePolycrate , Tyran de Samos & des côtes voisines , qui jouissoitd’une prospérité qu’il avouoit lui-même être trop grande, crut ladiminuer suffisamment en faisant à l’inconstance de la fortune le
sacrifice volontaire d’une pierrerie qu’il aimoit beaucoup , & s’i-magina qu’en se procurant cet unique chagrin , il seroit dans lafuite à couvert de toute adversité. Ainsi , comme il s’ennuyoitd’une continuité de bonheur , il s’avança en pleine mer, & yjetta une bague où étoit enchâssée la pierrerie dont nous parlons.Mais, par une conduite de la Fortune , qui dressoit des em-bûches à ce Prince , & qui vouloir lui présager^ quelque chosede funeste (1) , un très gros poisson qui se rencontra là toutexprès, avala cette bague comme une proie comestible ; & ayant étépris ensuite, & porté au Palais de Polycrate , le Cuisinier latrouva dans le ventre du poisson, & la rendit à son Maître. Onprétend que la pierre dont il s’agit étoit une fardoine (2), & quec’est celle que l'on montre à Rome dans le Temple de la Con-corde , Se qui a été donnée par l’Empereur Auguste ; elle estenfermée dans une corne d’or.: &: c’est presque la moindre d’untrès grand nombre d’autres fardoines que l’on voit dans ce^Temple.
Après cette bague , on parle beaucoup d’une pierre apparte-