14 6 NATURALIS HI STORIJE L I B. XXXVII.
ficantur visu, inficientes circa se repercussum aera : nonfoie mutati, non umbra, non lucernis, semperque sensim
trafiquoientdans les ìsies Philippines,où ils apportoiént de 1’or & de l’ar-gent, mais plus d’argent que d’or, vuqu J il y a plus de profit à Pu n qu’àl’autre, à cause de la quantité de mi-,nés d’or qui se trouvent dans l’Orient.Aujourd’hui encore ce même négocecontinue, 8c ceux du Pérou passenttous les ans aux Philippines, avecdeux ou trois vaisteaux, où ils ne por-tent que de l'argent, & quelquesémeraudes brutes, 8c même depuisquelques années ils cessent d’y porterdes émeraudes, les envoyant toutesen Europe par la mer du nord. L’an1 6 ôo , je les ai vus donner aux Indesà vingt pour cent meilleur marchéqu’elles ne vaudroient en France. CesAméricains étant arrivés aux Philip-pines ; ceux de Bengale , d’Aracan,de Pégu, de Goa, 8c d’autres lieux,y portent toutes sortes de toiles, 8cquantité de pierres en œuvre, com-me diamants ôc rubis, avec plusieursouvrages d’or, étoffes de foie, 8c ta-pis de Perse. Mais il faut remar-quer’qu’ils ne peuvent rien vendredirectement à ceux du Pérou ; maisbien à ceux qui résident aux Manil-les, & ceux-ci les revendent aux Amé-ricains, 8c même si quelqu’un obte-noit permission de retourner de Goaen E [pagne par la mer du sud, il se-ro: t obligé de donner son argent àquatre - vingt ou cent pour cent jus-qu’aux Philippines , fans pouvoir rienacheter, & d’en faire de même desPhilippines jusqu’â la Nouvelle Espa-gne. C’est donc là ce qui se pratiquoic
pour les émeraudes avant que les In-des occidentales fuffent découvertes jcar elles ne venoient en Europe quepar cette longue voie & ce grand tour.Tour ce qui n’étoit pas beau demeu-roit en ce pays-Ià, &c tout ce qui étoitbeau passoic en Europe. )
Ce paradoxe, il faut l’avouer, estprésenté & soutenu par Tavernier ,d’une façon qui annonce l’hommeplein de vues fines du commerce, maiscependant on ne doit pas croire en-core que ce.n’est qu’un paradoxe sem-blable à tant d’autres que les plusgrands hommes ne craignent pointd’avancer, éblouis par leurs grandesconnoiflances & leur savoir profond.II est d’abord difficile que ce que Pli-ne rapporte d’une façon si positive,ne soit qu’un tissu Terreurs. On nepeut pas trop néanmoins réfuterTavei'-nier par des observations modernesfaites dans les différents endroits citéspar Pline. L’Egypte qui est un de cespays qui nous est le mieux connu,l’est cependant encore très peu parrapport aux mines d’émeraudes. Biendes Géographes, à la vérité, placentdes mines d’émeraudes en Egypte.Elles font, suivant les uns, entre As-souan & Coptaim, d’autres, commeM. d’Anville, les mettent entre lePont-Blanc & Bérénice, à peu de disotance du golfe Arabique. La présom-ption est donc pour que l’on ait tirédes émeraudes d’Egypte, CependantM. Maillet, que son état de Consulau Caire pour la France avoir engagéà étudier le commerce de l’Egypte »