454 Additions au Commentaire
un dans les feuilles du tabac. Cette découverte fut annoncée enEspagne avec tant d’éclat, que Philippe II fit faire des expérien-ces en fa présence fur des chiens, dont on frotta les plaies avecdu tabac broyé (4); maisTilluíîon ne dura pas, & on s’apperçutbientôt que ce prétendu spécifique n’étoit pas infaillible.
On a été assez heureux depuis pour apprendre un remede quiopere toujours, pourvu qu’il soit administré immédiatement âpresla blessure. II ne faut qu’avaler quelques pincées de sel, ou à sondéfaut, trois à quatre gobelets d’eau de mer. C’est d’un enfantsauvage, âgé de dix ans, qu on a tiré ce secret, après l’avoirquestionné long rems fur les moyens qu’on employoit dans sonvillage, lorfqu’on étoit blessé par un trait enduit de ce suc redou-table.
Quoique le sel gemme, ou marin, suffise pour prévenir lamort, on pourroit fe servir, avec encore plus de succès, du selde vipere, ou de celui de corne de cerf, dont la qualité alexi-pharmaque est bien connue dans des cas semblables.
Le second sujet végétal dont on exprime, dans l’Amériqueméridionale, une substance vénéneuse pour oindre les armes, estla liane, ou la béjuque, qu on nomme, dans la langue de laGuiane, curare ,, & qui naît dans les marais ôe les terres noyées.On dit qu’elle ne produit ni fleurs ni fruits; mais au lieu d’im-puter â la Nature un écart íì singulier, attribuons plutôt ce rap-port à l’ignorance ou à la méprise des Observateurs, qui n’ontpeut être jamais rencontré cet arbuste dans le tems de fa florai-son. Les Mémoires manuscrits dont j’ai fait usage , assurent qu’ilporte des fleurs tétrapétales d un jaune pâle, auxquelles succedentde petits fruits de la forme d’une feve, contenus, au nombre detrois dans une capsule piriforme. Si les caractères particuliersde toutes les lianes Américaines étoient mieux constatés, il feroitfacile de décider si cette observation a été bien faite. Quoi qu’ilen.soit, on déterre la racine du curare en automne, on la dé-
(4) Voyez Monardés, Hijlorìa medica novi orbis.