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coupe en rouelles, qu’on fait cuire lentement dans de grandsmarabous, ou des chaudrons à la sauvage, jufqu’a ce que le sucextrait s’épaisisse, & parvienne à la consistance de fyrop. Les efflu-via & les vapeurs qui s’élevent pendant la cuisson, font mortel-les pour ceux qui les reçoivent dans la bouche ou dans le nez :aussi est-il bien certain que les Indiens ne confient cette opéra-tion qua de vieilles femmes décrépites & inutiles.
M. de la Condamine prétend qu outre la Béjuque, il entredans cette préparation plus de trente efpeces d’herbes pilées : ilse peut que les Ticounas font cette addition, dans l’idée de ren-forcer le poison; mais les Caveres de l’Orénoque n emploientque la feule liane, fans y ajouter d’autres végétaux quelconques.On éprouve cette confection en la frottant fur la pointe d’unefìeche qu’on plonge dans du sang frais : s’il ne s’eníuit pas unecoagulation instantanée, la drogue doit être encore plus concen-trée ; &c on la remet au feu pour répaissir davantage, en la tour-nant continuellement avec une spatule de bois. Quand elle estassez cuite, on la verse dans de petits pots, qu’on distribue auxchasseurs, qui l’emploient pour tuer le gibier; car il n’y a pointd’exemple que ni les Ticounas ni les Caveres aient jamais attenté,avec ce fatal secret, à la vie des hommes ; au contraire des Caraï-bes, qui en faifoient anciennement un grand usage dans leursguerres, & même dans leurs querelles.
Ce venin peut fe conserver long-tems; & les fléchés qui en ontété trempées, ne perdent pas leur vertu malfaisante au bout detrois ans, & tuent encore alors, en trois minutes, les animauxqu’elles effleurent. Ces fléchés font de deux efpeces ; les grandesqu on décoché avec des arcs ; & les petites qu on souffle par lemoyen d’une sarbacane, faite d’un jonc évidé par de certainesfourmis qui en rongent la moelle, quelles aiment.
II est fort remarquable que cette méthode de souffler des traitsenvenimés par un tube, ait été retrouvée parmi les Américainsméridionaux ; tandis qu’on fait quelle a été pratiquée, de te msimmémorial, dans plusieurs cantons du Sud de l’Asie, & princi-palement dans les isles de l’Archipélague Indien, comme on le