L’HISTOIRE NATURELLE. 55
arbitrairement des mots, mais de cette méthode qui soutient l’ordremême des choses, qui guide notre raisonnement, qui éclaire nos■vues, les étend, et nous empêche de nous égarer. Les plus grandsphilosophes ont senti la nécessité de cette méthode, et même ilsont voulu nous en donner des principes et des essais : mais les unsne nous ont laissé que l’histoire de leurs pensées, et les autres lafable de leur imagination ; et quelques-uns se sont élevés à ce hautpoint de métaphysique d’où l'on peut voir les principes, les rap-ports et l’ensemble des sciences ; aucun ne nous a sur cela com-muniqué 6 es idées, aucun ne nous a donné des conseils, et laméthode de bien conduire son esprit dans les sciences est encoreà trouver : au défaut de préceptes on a substitué des exemples :au lieu de principes, on a employé des définitions; au lieu defaits avérés , des suppositions hasardées.
Dans ce siècle même, où les sciences paroissent être cultivéesavec soin , je crois qu’il est aisé de s’apercevoir que la philosophieest négligée, et peut-être plus que dans aucun autre siècle ; lesarts qu’on veut appeler scientifiques ont pris sa place; les mé-thodes de calcul et de géométrie, celles de botanique et d’histoirenaturelle, les formules, en un mot, et les dictionnaires, occu-pent presque tout le monde : on s’imagine savoir davantage, parcequ’on a augmenté le nombre des expressions symboliques et desphrases savantes , et on ne fait point attention que tous ces arts nesont que des échafaudages pour arriver à la science, et non pasla science elle-même ; qu’il ne faut s’en servir que lorsqu’on 11epeut s’en passer, et qu’011 doit toujours se défier qu’ils ne vien-nent à nous manquer, lorsque nous voudrons les appliquer àl’édifice.
La vérité , cet être métaphysique dont tout le inonde croitavoir une idée claire, me paroît confondue dans un si grandnombre d’objets étrangers auxquels on donne son nom, que jene suis pas surpris qu’on ait de la peine à la reconnoître. Lespréjugés et les fausses applications se sont multipliés à mesureque nos hypothèses ont été plus savantes , plus abstraites et plusperfectionnées ; il est donc plus difficile que jamais de reconnoîtrece que nous pouvons savoir, et de le distinguer nettement de ceque nous devons ignorer. Les réflexions suivantes serviront aumoins d’avis sur ce sujet important.
Le mot de vérité ne fait naître qu’une idée vague, il n’a ja-mais eu de définition précise; et la définition elle-même, prisedans un sens général et absolu, n’est qu’une abstraction quin’existe qu’en vertu de quelque supposition. Au lieu de chercher