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Tome cinquième.
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ESSAI DARITHMÉTIQUE MORALE. 5S3

joueurs ma paru tout-à-fait vicieuse; et même les bons esprits,<jui se permettent de jouer, tombent, en qualité de joueurs, dansdes absurdités dont ils rougissent bientôt en qualité d'hommesraisonnables.

XI. Au reste, tout cela suppose quaprès avoir balancé les ha-sards et les avoir rendus égaux, comme au jeu de pause-dixavec trois dés, ces mêmes dés qui sont les instrumens du ha-sard soient aussi parfaits quil est possible, cest-à-dire, quilssoient exactement cubiques, que la matière en soit homogène ,que les nombres y soient peints et non marqués en creux, pourquils ne pèsent pas plus sur une face que sur l'autre : maiscomme il nest pas donné à l'homme de rien faire de parfait, etquil ny a point de dés travaillés avec celte rigoureuse précision,il est souvent possible de reconnoilre , par l'observation, de quelcoté limperfection des instrumens du sort fait pencher le hasard.Il ne faut pour cela quobserver attentivement et long-temps lasuite des événemens, les compter exactement, en comparer lesnombres relatifs; et si de ces deux nombres lun excède de beau-coup lautre, on en pourra conclure, avec grande raison , quelimperfection des instrumens du sort détruit la parfaite égalitédu hasard, et lui donne réellement une pente plus forte duncôté que de lautre. Par exemple, je suppose quavant de jouerau passe-dix , lun des joueurs fût assez fin, ou, pour mieuxdire, assez fripon pour avoir jeté davance mille fois, les trois désdont on doit se servir, et avoir reconnu que, dans ces milleépreuves, il y en a eu six cents qui ont passé dix : il aura dès-lors un très-grand avantage contre son adversaire, en pariant depasser, puisque, par lexpérience, la probabilité de passer dixavec ces mêmes dés sera à la probabilité de ne pas passer dix j j600 ] 4oo y. 3 l 2 . Cette différence, qui provient de l'imperfec-tion des instrumens, peut donc être reconnue par l'observation ,et cest par cette raison que les joueurs changent souvent de»et de cartes, lorsque la fortune leur est contraire.

Ainsi, quelque obscures que soient les destinées, quelque im-pénétrable que nous paroisse lavenir, nous pourrions néan-moins, par des expériences réitérées, devenir, dans quelquescas, aussi éclairés sur les événemens futurs que le seroient desêtres ou plutôt des natures supérieures qui déduiroient immédia-tement les effets de leurs causes. Et dans les choses mêmes quiparoissent être de pur hasard, comme les jeux et les loteries, onpeut encore connoître la pente du hasard : par exemple, dansune loterie qui se tire tous les quinze jours, et dont on publie les