Une foule innombrable escorte alorsles musiciens et se mêle à leurs évolu-tions.
Nous étions allés l’entendre avecEdouard, à celte lieure où la briseavait rafraîchi l’atmosphère ; nouséprouvions l’un et l’autre un surcroîtde vie, un besoin de communiquer nospensées qui se succédaient en fouleavec une netteLé difficile à concevoirpour qui n’a pas respiré l’air de Na-ples .
Au bout d’une demi-heure nousquittions la place, et nous suivionsla foule qui se dirigeait vers Sainte-Lucie , portion du quai qui s’étendà l’ouest au bout de la rue du Gigante,grande et belle rue que le roi Muratfit élargir auv dépens des casernesqui sont au-dessous. Je fus ébloui .par-la quantilé de lumières et par la vued’une foule immense que j’apercevaisd’autant mieux, que j’y arrivais par lehaut du quai ; mon œil planait sur-toute la longueur de Ste.-Lucie; jecrus à une fête, à une illumination.Edouard me dit que tous les soirs c’é-tait même luxe et même affluence delumières. Dans une étendue de troiscents pas environ, sont étalés sur depetites tables en bois toutes les sortesde coquillages appelés frutti di mare ,en grande abondance sur cette plage.
L’étalage du vendeur de frutti dimare (PL 29), est une masse de boiscarrée, s’ouvrant par derrière, dont ledessus est en plan incliné, de façon àpouvoir étager tous ces jolis coquilla-ges groupés avec art sur de petites cor-beilles plates garnies de mousse.
Les huîtres du Fusaro dans desseaux remplis d’eau de mer sont sur lepremier plan : vient ensuite le cano-lichio , coquillage le plus estimé etaussi le plus cher. Une enveloppemince, mais dure, le recouvre des deux
côtés; la chair est placée au milieu,et par sa forme longue et effilée, ilfigure parfaitement le manche d’uncouteau; après lui la truffe dans sacoquille blanche et cannelée en travers ;le vongolo dans ses deux valves roséeset ovales ; la patella reale à l’écaillenacrée fl’éponge marine,l’huître rouge,et tant d’autres dont l’énumération de-viendrait trop longue.
Cet étalase est abrité du côté de lamer par une toile où sont inscrits lenom et le numéro du propriétaire, età laquelle sont suspendues des lanter-nes qui, par leur multiplicité, donnentau quai un aspect d’illumination per-manente.
Dans le vide que laissent entre ellesces baraques,'sont de petites tables surlesquelles une femme place un four-neau de terre, et fait cuire des po-lypes. Ce molusque, dont la chair estcoriace, est un grand régal pour leNapolitain.
Tous ces marchands bordent la mer;en face, et du côté des maisons, estassis sur trois rangées de chaises toutce que Naples compte de fasbionablcdans la bourgeoisie, car l’élégantemarquise vient aussi à Sainte-Lucie ,mais elle reste dans sa voiture.
Édouard avait donné rendez-vous àune famille qui l’avait invité à souperà Sainte-Lucie . « C’est une récréationdont vous me saurez gré, me dit-il,car vous êtes de la partie ; j’ai dit queje passais la soirée avec un ami ; ame-nez -le, m’a-t-on répondu, et c’estconvenu.»
Notre amphytrion ne se fit pas at-tendre. Il se nomme don Paolo Fa-lanca; l’usage en Italie étant de s’appe-ler par son nom de baptême précédédu Don espagnol , je m’y conformerai,et je dirai Don Paolo. Don Paolo estun gros homme à figure réjouie qui