pans, et en même temps que d’harmo-nie dans ce tableau ! Qui peut avoirvu, senti cela, et dire qu’il n’a pasgoûté un instant de bonheur ? Ab !c’est plus que du plaisir que l’on éprou-ve à naviguer le matin sur cette merpaisible qui étincelle des feux dusoleil,à savourer la fraîcheur balsamique del’air j à contempler ce ciel où flot-tent de légers nuages pourprés sur unfond d’un si bel azur, à s’emparer à lafois de tous les charmes d’une natureprivilégiée. Oui, c’est bien à tort quel’Italien exagérateur a dit : VedcrNa-poli epoimorire « voir Naples et puismourir » disons, disons plutôt : VedevNapoll e poi vivere-, « voir Naples etpuis vivre.» ANaples, en efïet, l’hommeingrat que fatiguait son existence, s’yrattache , et y découvre des attraitsjusqu’alors méconnus ; il semble qu’ilreprenne des sentimens plus calmesavec l’air suave qu’il respire ; malgrédes espérances trop souvent déçues ,presqu'en dépit de lui-même , il res-saisit encore d’anciennes illusions qu’ilcroyait échaupces pour toujours. Telleest la salutaire influence du climat na-politain; elle agit d’une manière indi-cible sur nos sens, imprime une di-version favorable au cours de nos idées,nous modifie à notre insu, et ce n’estpas un médiocre bienfait de cette ad-mirable nature de nous réconcilieravec notre propre cœur.
» Je suis au milieu du golfe. Bate-liers, détendez cette voile latine; [nevous courbez plus sur vos rames ;laissez la barque voguer à l’aventure ;donnez au repos que vous aimez, lesinstans que je vais consacrer à la con-templation de l’horizon qui m’entoure.
» J’embrasse alternativement et lepromontoire de Minerve et le montPausilippe ; d’une part le tombeau deVirgile ! de l’autre le berceau du Tasse!
Leur gloire est partout ; mais ici oncroit voir leur génie éteint se rallumeret rayonner d’un plus vif éclat. »
Toutes ces sensations si bien dé-crites , je les avais éprouvées. J'étaisseul sur une terre étrangère, et cepen-dant mon âme n’éprouvait pas cet abat-tement que devrait faire naître une si-tuation semblable. Oh ! je n’eusse pasété si calme dans les froides régions dunord, sous un ciel brumeux et envi-ronné d’une nature silencieuse !
Mais la journée s’écoule , j’oublieque j’ai donné un rendez - vous àÉdouard, et qu’il doit m’attendre. Aterre , dis-je à mes bateliers ; et ils meramènent au rivage.
La musique est surtout le triomphedes Napolitains. Il semble que, dansce paysdà, les cordes du tympan soientplus tendues, plus harmoniques, plussonores ; la nation est toute chantante ;le geste, l’inflexion de la voix , la pro-sodie des syllabes , la conversation ,tout y marque et respire l’harmonie ;aussi Naples est-elle la source princi-palede la musique,la patrie des grandscompositeurs et de nos meilleures opé-ras. L’on peut juger de ce goût nationalen les voyant affluer le soir une heureaprès le coucher du soleil, lorsque l’hor-loge du palais donne le signal de laretraite, et que l’élite des musiciensdes divers régimens de la garde, sortantdu palais , se réunit sur la place, laparcourt deux fois depuis la rue deTolède j usqu’à la rue du Gigante,puis , se fixant au centre , exécute desmorceaux d’opéras nouveaux en facedu balcon où souvent le roi vientavec sa famille entendre cette déli-cieuse harmonie. Le roulement destambours, qui par intervalle y mêleun son guerrier, corrige ce que pour-rait avoir de trop efféminé cette ma-nière de rappeler le soldat à la caserne.