m’aborde en me serrant les mains ,comme si nous nous connaissions de-puis long-temps ; il est avec sa femmeet ses deux filles, à qui on se dispensade me présenter.
Prenant de suite un air familier : —
« Laissons ces dames ordonner le sou-per, nous dit-il, et allons nous bai-gner. » Ce que nous acceptâmes avecplaisir. Nous eûmes peine à trouverun cabinet, à cette heure ;où les bai-gneurs affluent dans cette partie de laville. Quoiqu’il y ait des bains con-struits dans l’eau tout le long de lamer, ceux-ci sont préférés. On y estparfaitement libre , un mur élevé vousdérobant aux regards des promeneurs.
Au sortir de l’eaui nous nous ache-minions vers le souper, l’exercice avaitdisposénos estomacs.— «Faites commemoi,»meditDonPaolo; en même tempsje le vois prendre des mains d’unejeune fille un grand verre rempli d’uneeau limpide qu’il avale d’un seul trait.L’odeur, et surtout le goût de cette eau,m’empêchèrent d’en faire autant. Ce-pendant, autour de moi, je voyais deshommes et des femmes en boire jus-ques à trois verres. J’en surpris mêmequelques-uns la savourant au pointd’y tremper de petits biscuits.
J’appris de Don Paolo, que deuxsources d’eaux minérales contribuent àappeler et à entretenir la foule dans ce^ quartier. L’une, d’eau ferrée, acquaferrata, vis-à-vis le Château-de-l’OEuf ;l’autre d’eau sulfureuse, acqua zolfe-gua , celle-ci au bas de l’église de SantaMaria délia Catena. Cette dernièreest la boisson favorite des Napolitains.Son efficacité est tellement constatée,quelle fait surmonter la répugnanceque l’on éprouve quand on la goûtepour la première fois. Des marchandsambulans en vendent dans de petitescruches de terre.
Il est étonnant que le gouvernementn’ait pas pensé à embellir d’une con-struction élégante celte fontaine, quiest dans un trou infect. Si au lieu dece cloaque où des hommes à demi-nussont obligés de se plonger, des robi-nets bien propres la faisaient coulerdans les verres des buveurs ; si destuyaux de plomb, recevant celle quitombe, et la portant à la mer, l’empê-chaient de former une mare sous lespieds des promeneurs, avouons quetout n’en serait que mieux.
Tout le quai de S te.-Lucie est engénéral trop bas. L’on dit bien queFerdinand I er . avait eu l’intention dele rehausser, mais qu’il rencontra laplus vive opposition de la part desChiaiesi , qui craignirent de voir dé-truire cette promenade : on y trouveplusieurs morceaux d’architecture quiappellent l’attention ; d’abord, à l’ex-trémité de la rue du Gigantc et prochedu palais, une fontaine, œuvre deCosimo. A l’extrémité opposée et ados-sée aux murs de la caserne , une autrefontaine représentant le Sebeto, parCharles Fansaga, en 1590. Puis, au-dessous de la source d’eau sulfureuse ,une troisième fontaine dont les deuxbas-reliefs représentent, l’un Neptuneet Amphitrite et des Tritons; l’autreune dispute de dieux marins au sujetde l’enlèvement d’une nymphe. Cemorceau remarquable est de DominiqueAuria. Don Paolo m’engage avoir toutcela de jour; cette fontaine est au nom-bre des quatre qui fournissent la meil-leure eau de la ville.
A Sainte-Lucie, comme à chaquecoin de rue , est un restaurateur enplein air qui réalise la chanson du paysde Cocagne de Béranger.
Sur des fourneaux portatifs sontdes chaudières énormes où l’on faitcuire le macaroni dans toute sa Ion -