Les préparatifs <l’ane fête de saint du-rent quelquefois plusieurs mois, etcoûtent autant que celles qui seraientdonnées par de grandes villes dans desoccasions solennelles. Les illumina-tions, les feux d’artitice, les proces-sions, augmentent ces sortes de dé-penses qui reviennent chaque année.
Non content de s’agenouiller devantces Madones, j’ai vu des gens se pros-terner la face en terre, et, balayant lapoussière avec leur langue , prier avecune ferveur qui les absorbe entière-ment, et ne leur permet pas devoirce qui se passe autour d’eux ( PI. 3o).
Un mois avant Noël , les Calabraiset les Abruzzais désertent en masseleurs montagnes , et viennent, avecleurs cornemuses, fêter les Madonesde Naples . Leur costume est à la foisoriginal et pittoresque. Une peau demouton, à laquelle son t pratiquéesjdeuxouvertures pourles bras, les enveloppeen guise de cafetan ; un feutre pointu,noir ou gris , orné de rubans, couvreleur tête ; des rubans parent aussi leurcornemuse ou zampogna. C’est aveccet instrument, dont le son monotoneest relevé par une clarinette au diapa-son criard , que, s’arrêtant devant cha-que image delà Vierge, ils jouent lemême air depuis des siècles. Moyen-nant une modique rétribution, les mar-chands s’abonnent avec eux, et fontfêter l’imase dont ils ont décoré le fond
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de leur boutique. Le nombre des lam-pes est doublé, on les approprie, et unefois par jour a lieu la sérénade. Quel-quefois les musiciens montent dansles appartemens pour fêter la Madonadu riche; alors c’est un véritable con-cert; cinq ou six instrumens, desharpes , des violons, se joignent à uneimprovisation que la galanterie duchanteur fait à la maîtresse du logis.
Le jour de Noël, à minuit, tout
rentre dans l’ordre , pour faire placeaux orgies de la natale , et les zam-pognari, tous pâtres ou cultivateurs,retournent dans leurs familles , vivrele reste de lannée avec les épargnesde leur pieux pèlerinage.
Ainsi que les anciens Romainsavaient des amulettes , le Napolitain atoujours sur lui des scapulaires, aux-quels il attache des espérances de sa-lut. Le brigand même ne s’en séparejamais, c’est le rosaire à la main qu’ilassassine.
Mais pour jouir d’un coup d’œil vrai-ment imposant, il faut voir porter leviatique , et pour cela se trouver dansun endroit spacieux , ou une place; car,dans une rue étroite, il ne fait pas au-tantd’effet.Unebnnnièrequc l’on porteenavan t le fai t recon naî tre à Tceil, tandisquelesonaigu d’une clocbetteTannonceà l’oreille. Il est entouré de prêtresen costume, et souvenL d’une garded’honneur. L’encens fume devant lecortège, et les fidèles, que le hasard con-duit sur ce chemin, croient qu’il est dudevoir d’un chrétien de le suivre ; lafoule se grossit ; au bruit de la ruesuccède tout d’un couple plus grand si*lence. Les marchands deviennent muets,des milliers de spectateurs se jeLtent àgenoux, se frappent la poitrine et fontle signe de la croix ; la garde prend lesarmes et bat aux champs tant que lecortège est en vue. Si c’est le soir, unevingtaine d’hommes portent de chaquecôté des fagots en (la mmés, auxquels sejoignent des lumières que Ton placesur chaque balcon; à l’instant même,et comme par enchantement, la nuit laplus obscure se change en un beau jour;tous les étages sont éclairés, on tiredans la rue une quantité de fusées etde serpenteaux qui pétillent et éclatentprès du cortège ; la lumière s’étendtoujours, on dirait qu’elle passe de