maison en maison , de balcon en bal-con , jusqu’à ce qu’enfin elle se dissipedans le même ordre, et que tout rentredans l’obscurité comme auparavant.
Le désir de voir les prédicateurs decarrefour, dont j’avais entendu parler,et de m’assurer par moi-même si ceque l’on m’avait dit était conforme à lavérité , me fit chercher l’occasion d’as-sister à un de leurs sermons. Dans unendroit très-passager, j’aperçus, en-touré d’une foule nombreuse, un prêtrerespectable debout sur une planchesoutenue par deux tonneaux (PI. 3o).A ses côtés un fidèle tenait en mainune énorme croix qu’il donnait et re-prenait alternativement; tout le mondeavait chapeau bas.
Le prédicateur parcourant son tré-teau avec autant d’agitation que derégularité, ne manquait jamais de par-tir au commencement d’une phrase,et de revenir à la fin, comme le balan-cier d’une pendule; il faisail tant degestes, il avait l’air si passionné , qu’onl’aurait cru capable de tout oublier; safureur était systématique. Dans ce pays,j’ai eu lieu d’observer que la vivacité desmouvemens n’indique souvent qu’uneémotion superficielle. 11 avait aussitrouvé une manière de faire de l’elfet, enôtant son bonnet carré, et le remettantavec une grande vivaci té ; son sermonroulait sur le jugement dernier. Impro-visant un dialogue entre Dieu le pèreet Jésus-Christ, tour à tour il faisaitles deux interlocuteurs. Dieu en cour-roux , et d’une voix tonnante , accusaitles hommes, que Jésus-Christ défen-dait d’une voix douce et dans le fausset.La manœuvre du bonnet allait son train.Lorsque Dieu parlait, le bonnet étaitsur sa tête ; lorsque c’était Jésus-Christ,il était dans sa main. Enfin, le Christobtenait notre pardon.
J’ai entendu un autre prédicateur
s’énoncer très-convenablement. Il prê-chait sur la pénitence, et avertissait enmême temps de la force des mauvaisexemples. «Vous autres, gens légers,disait-il, vous pensez en vous-mêmes:Mon voisin fait ceci ou cela, pourquoin’en ferais-je pas autant? Celui-là restei m puni, pourq uoi serais-j e pl us malheu-reux que lui ? Mais avez-vous senti sesremords qui sont plus cuisans que lespeines corporelles? Si un insensé se pré-ci pi Lai t dans les flammes, voudriez-vousvous y jeter après lui?» Tout son ser-mon était rempli d’argumens de cetteforce, qu’il mettait toujours à portéede ses auditeurs, sans se permettre lamoindre phrase qui eût pu n’être pasinterprétée au profit de la religion.
Le gouvernement a quelquefois eula plus grande confiance dans le talentpersuasif de quelques-uns de ces prê-tres ; un de ceux qui ont joui de laplus grande considération était le pèreRocco dont j’ai déjà parlé, à qui lacour fournissait un équipage afin qu’ilpût se transporter d’un bout de la villeà l’autre, quand les circonstances l’exi-geaient; car il se faisait non-seulementaimer mais craindre. Il avait acquissur la multitude un tel ascendant, quelorsqu’il rencontrait des malheureuxjouant les jours de fête, il les frappaitviolemment avec son crucifix.
L’Italien est plus superstitieux quedévot, quoiqu’il sache que la doctri-ne primitive de la religion n’adrnetcertainement aucune de ces pratiquessuperstitieuses, qui semblent être de-puis des siècles la marque distinctivede ce peuple; Suétone nous apprendque la flotte d’Auguste ayant été dis-persée par une tempête, et ayant per-du plusieurs de ses vaisseaux, l’empe-reur défendit que la statue de Neptunefût portée en procession avec celles desautres dieux ; il pensa que le dieu de la