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[2] (1835) Royaume de Naples, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] : Sicile et Malte, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] / par C.-D. de la Chavanne, D.-D. Farjasse et P****
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NAPLES .

sous Murat l’a mis à portée de voirbeaucoup. Il se plaît, dans toutes lesoccasions, de parler avec enthousiasmeet regret de cette époque où il étaitquasi Français. — « Les Français , medit-il, ont laissé ici des souvenirs quis’effaceront avec peine. Leur caractèregai et insouciant a infiniment plus d’a-nalogie avec le nôtre que celui flegma-tique des Anglais et des Allemands;aussi la fusion s’est-elle opérée sanseffort. Comme administrateurs, ils ontrégénéré le pays qui s’était engagédans une fausse voie, ils ont créé desinstitutions que notre grand Médicis’est bien donné de garde de renver-ser; comme individus, on leur rendla justice de dire que fort peu se sontenrichis. La plupart occupaient des em-plois très - lucratifs, et gagnaient avecfacilité un argent qu’ils dépensaientde même. Rien de plus brillant que lacour, où Murat avait introduit un luxeoriental. Le numéraire restait dans leroyaume, on vivait dans l’abondance;tout a fini, et cet heureux temps senomme aujourd’hui l’occupation mi-litaire. »

Un soir nous faisions une prome-nade dans la rue Toledo, toujourspleine, toujours encombrée de prome-neurs , surtout le vendredi, jour où lespêcheurs de tous les points du rivagese réunissent pour vendre des alici,ou petites sardines fort délicates etsans écailles , qu’ils annoncent aupublic par des cris à tue - tête. Acette heure la rue Toledo n’a rien quiparle à l’imagination ; c’est en vainque l’on voudrait se monter la têteet prendre chaque glapissement descrieurs de toute espèce pour les chantsharmonieux du Tasse , malgré soil’on est forcé de voir dans le posi-tif du présent se perdre toutes les il-lusions poétiques. Ici tout le monde

s’occupe des gros détails de la vie ; deshommesbien vêtus, élégans même, achè-tent et emportent dans des cornets depapier ces alici qu’on crie de toutepart. Don Paolo n’a perdu aucune deces idées qui naissent avec le Napoli-tain bourgeois ; souvent il achète sonpoisson lui-même, et se donne la peinede le portera sa servante; s’il a soif,il s’arrête devant un marchand d’eau.Il est vrai que tout le monde en faitautant, et que rien n’est si commode;hommes , femmes', peuple ou gensbien mis, tous boivent à l’acquajolo.Pour moi, fidèle à mes habitudes pa-risiennes, je proposais d’entrer dansun café prendre quelque rafraîchisse-ment, car je n’aurais jamais eu l’idéed’étancher ma soif à si bon marché,lorsque j’en fus détourné par la fillede Don Paolo, à qui je donnais le bras.— «Pourquoi, me dit-elle, nous priverde l’air si nécessaire dans ce pays, etnous renfermer dans un salon pourboire une limonade que vous payerezfort cher, tandis que la même, à peude chose près, vous est offerte pourmoins d’un sou?Venez, je veux triom-pher de vos préjugés.» Je me laissai en-traîner, et pendant qu’elle faisait prépa-rer notre limonade, j’examinaisla singu-lière machine que j’avais sous les yeux.

Rien de plusbrillantquc l’étalaged’unacquajolo ou marchand d’eau (PI. 3 1 ).Sa table a l’air d’un autel, et presqueaussi parée. Les couleurs en sont vives,le devant et les côtés sont ornés desujets tirés de l’Ecriture sainte. Il en estqui représentent Moïse dans le désert,faisant jaillir l’eau du rocher, aveccette légende : Bibat populus , que lepeuple boive. Quatre colonnes doréessoutiennent une espèce de dais ornéde branches de feuillages et de ban-derolles de toutes couleurs ; dans lehaut est un ornement singulier et ri-