de vente. Par ce moyen, personne n’enest privé ; et peti Is ou grands, riches oupauvres, tous en ont à leur repas, etla boivent en la mettant dans un ver-re, et en versant dessus l’eau ou le vin.Jugez de ce qu’il faut vendre de neigepour fournir à 5o,Ooo ducats, auxfrais d’administration, et encore en-richir l’entrepreneur, ainsi qu’il estd’usage. »
Mais de tout ce que Naples olîre deplus extraordinaire aux yeux du voya-geur, le Calesso( PI. 3î) est ce quim’aleplus frappé. Quelle singulière voiture !le siège est un trépied triangulaire quirepose sur un train à deux roués très-élevées , à rayons dorés, tourbillonnantdans la poussière par l’activité de deuxpetits chevaux grêles dont la chétive ap-parence voile une agilité fongueuse, carils ne ralentissent pas leur allure, quoi-que l’adroit conducteur recrute, tout lelong de la route, des passagers qui seplacent sans cérémonie auprès de vous,et s’emparent des trois quarts du siègequi vous suffisait à peine. Voulez-vousvous plaindre ; vous tournez la têtepour faire vos réclamations au cocher,qui depuis long-temps a cédé sa place,et est monté derrière la voiture, oùvous avez peine à le distinguer parmiles nouveaux visages que vous aper-cevez ; pendant ce mouvement, lesbrancards sont envahis, comme s’ilsétaient des sièges commodes, et deuxhommes s’asseoient sur vos pieds; lefîletmême, suspendu comme un hamacsous le train, a reçu des enfans et deschiens. Il faut vous résigner, car, aus-sitôt lancés, les chevaux volent, ilsbrûlentlepavé ; le conducteur les guidepar derrière, les rênes se séparent etvon t se rej oi ndre dans l’un e de sesmains,tandis que l’autre est occupée à faireretentir à votre oreille le clic-clac
d’un fouet sans cesse en mouvement ;sur les flancs des chevaux battent lesglands rouges ou jaunes, suspendus àleurs harnais brillans; des rubans auxcouleurs vives garnissent leur crinière,et leur tête est ornée de plumes de cou-leurs variées. Ce voyage, que le fasliio-nahle de Paris aurait de la peine à com-prendre, et qu’il faut avoir fait pour'enavoir idée, s’est effectué sans accident,au milieu des Ilots de populace qui i non-dent les rues et les quais sans trottoirs,sur de larges dalles où vous glissezcomme sur un parquet, et où cent foisle cheval vous paraît devoir s’abattre,ce qui cependant arrive rarement,grâces à la précaution de ne pas leferrer des pieds de derrière, et dépiquerle pavé de manière à produire des as-pérités qui le retiennent. Dans cesingulier et resplendissant équipage,vous franchissez avec une étonnanterapidité une distance considérable enpeu d’instans et pour la somme laplus modique; seulement au retourdonnez une heure à votre toilette, etne fouillez pas trop dans vos poches, outâchez d’oublier une partie des objetsque vous y avez placés.
J’ai souvent fait la réflexion que^chez nous , ces dalles, élevées des deuxcôtés des rues pour la sûreté des gensde pied, indiquent que la classe dupeuple est tout aussi considérée par legouvernement que celle des riches etdes grands, tandis qu’à Naples lesmalheureux piétons sont quelquefoisobligés de se réfugier dans les bouti-ques pour éviter d’être écrasés. Lescochers ne sont astreints à aucunerèale,et la classe inférieure est exposée à leurinsolence, et à la morgue des grands,qui se considèrent, dans ce rojmume,comme au-dessus des lois, quoique in-finiment subordonnés au monarque.