ce que l’on doit le plus admirer, ou dela vue qui se découvre ici dans toutesa magnificence, ou de la hardiesse del’homme qui sut se frayer jusqu’à cepetit coin de terre une voie si péril-leuse. Sur une pointe du rocher, l’onme montra une immense enceinte d’unchâteau hâti au temps de FrédéricBarherousse , encore flanqué de tourset occupé par une garnison d’invalides.Ce monument gothique, en face dupalais de Tihère, met en présence deuxcivilisations tout entières., l’antiquitéet le moyen âge, entre lesquels s’étendun intervalle aussi profond que l’abîmeréel qui les sépare.
Me souvenant qu’Auguste prenaitplaisir aux exercices de la jeunesse deCapri , il me sembla piquant de pa-rodier un empereur romain. En con-séquence je me procurai une chaisesur laquelle je m’assis gravement, etje proposai une course entre quelquesjeunes gens. Une ligne tracée parmoi fut le point de départ , un arbredésigné le but, et quelques grani de-vaient être la récompense du vain-queur. C’était absolument les jeuxgymniques des Grecs , dont mes hérosn’avaient conservé que la nudité. Qu’ilfaut peu de chose pour se faire bénirpar le pauvre ! Au bout d’une heurej’avais acquis l’amitié de toute cettepopulation. C’était à qui me le prou-verait : l’un m’apportait des caillestoutes vivantes prises dans les filetsqui couvrent l’île à cette époque , unautre me fit don de quelques oiseauxau joli plumage ; mais dans ma hainepour la tyrannie et pour les tyrans ,excitée encore par l’aspect du lieu où.je me trouvais, je m’empressai de leurrendre la liberté.
Redescendu des hauteurs d’AnnaCapri à la Marine, je voulais payermon tribut de curiosité à la grotte
d’Azur, découverte faite depuis sixans par un étranger qui se baignait ;apercevant une cavité assez profondesous un rocher, il eut la curiosi té d’y en-trer au risque de ce qu’il y trouverait ;il en sortit émerveillé, et racontant cequ’il avait vu, il inspira le plus vifdésir d’aller vérifier si son récit n’étaitpas fabuleux.
J’avais aussi le dessein d’aller visiterPestum : jusque-là aucun plan n’avaitété arrêté ; j’hésitais pour savoir si jem’y rendrais par terre ou par mer. Jemis fin à mes incertitudes, et je m’ar-rêtai à ce dernier parti. Je louai unebarque partant le lendemain pour laCalabre ; par nos accords, il était con-venu que je pourrais visiter la côte,ety employer le temps nécessaire. Commeil faut voir la grotte d’Azur par unejournée claire et sans nuage, j’allaiachever ma nuit dans la seule espèced’auberge qui existe dans la ville, et yattendre le lendemain.
Au lever du soleil, je me jetai dansmon gros bateau, suivi par un autreplus petit qui devait nous servir pourentrer dans la grotte, mais sur lequelon ne se hasarde pas de faire le trajet.La grotte d’Azur (PI. 34) est à un milleet demi de Capri , du côté ouest de laMarine : cette caverne immense, de for-me circulaire, est souvent visitée par lescurieux, qui, comme moi, sont obligésde se placer sur la petite barque aveclaquelle on ne peut entrer que par untemps calme, et en passant sous une ou-verture cintrée de trois à quatre piedsde haut et de la largeur du batelet : cequi d’abord fait craindre de ne rencon-trer qu’une obscurité complète ; mais,au contraire, lorsque le ciel est sansnuage, l’on est environné d’une lu-mière éblouissante, et qui serait insou-tenable si elle n’était tempérée par sateinte du plus beau bleu. Peu à peu