CAPIU. 39
travail de l’homme. La découverte quiy fut faite d’un bas-relief mithriatique,jointe à ce nom même de Matromania,autorise la conjecture qui place en cetendroit un sanctuaire de Mithra plu-tôt qu’un temple de Cybèle, quoi-qu’on sache qu’à une certaine époque leculte et les mystères de ces deux divi-nités , l’une et l’autre empruntées del’Asie , aient été souvent associés ; ilparaît doncqu’en ce temps, où la petiteîle de Capri était devenue le séjourde Tibère , toutes les superstitions dela terre s’y trouvaient entassées avectous les excès du pouvoir. La nature arepris tous ses droits dans cette grotte,jadis consacrée à un culte profane ; au-dessus, un ermite a planté encore sacellule, comme s’il ne pouvait y avoiraucun lieu usurpé par quelques supers-titions antiques que le christianismen’ait voulu purifier. »
Nous nous dirigeâmes vers les ro-chers d’Anna Capri ; de prime-abord ,et vu de loin, ce lieu me parut si péril-leux que j’hésitai quelques momens.Cinq cent trente-cinq marches à mon-ter, et quelles marches ! taillées dansle roc, et au-dessous des précipicesaflreux ! Quelques jeunes filles , descorbeilles sur la tête, et qui descen-daient lestement, me firent rouair dema crainte : j’avançai , et, à mon grandplaisir, je vis un mur à hauteur d’ap-pui qui garnit cet escalier et sert derampe ; la fatigue seule était à craindre,et de fait elle est grande ; cependantje l’oubliai par la contemplation despoints de vue que chaque pas me fai-sait découvrir. Les femmes qui des-cendaient avaient un je ne sais quoi degrec dans leur pose et dans leurs mou-vemens, qui me donnait une idée favo-rable de ce que j’espérais trouver unefois au but de ma course. Enfin , à ladernière marche, je franchis un pont-
levis , et à la beauté du point de vuemajestueux que je découvre , se jointcelle d’une plaine vaste et semée demaisonnettes blanches d’une propretéremarquable , et de champs couvertsde verdure, de jardins et desentiers.Au-dessus de ma tête est encore lemont Solaro , dernier plan ou attiquede cet édifice. Sous mes pas résonnaitle terrain creusé en dessous par lamer, que j’apercevais ici dans touteson immensité , mon œil suivait toutesles sinuosités des golfes devant les-quels j’avais passé il y a quelques jours,et enfin les îles m’apparaissaient commeautant de parcs à l’anglaise ; la petiteville de Capri , les vignes, les oliviers ,les campagnes et leurs rochers aigus,formaient une carte de géographie enrelief, devant laquelle je restai quel-ques minutes en extase.
L’on a peine à comprendre commentune plaine si riante, une pelouse sifraîche, peuvent être suspendues àcette hauteur. A Anna Capri plusd’antiquités, on m’y conta le débarque-ment miraculeux des Français en 1808.Le colonel Hudson Lowe commandaitla garnison anglaise qui occupait l’ile.Fortifié sur tous les points accessi-bles , il se croyait dans une positioninexpugnable. Au premier signal deMurat, alors roi de Naples, une poi-gnée de Français , sous les ordres dulieutenant général Lamarque, escaladapendant lanuitles rochers à pic d’AnnaCapri. Des canons furent hissés sur cetteplate-forme, et braqués sur la ville deCapri . Le lendemain , au point du jour,les Anglais virent le drapeau nationalcomme suspendu dans les nues, et lesbraves qui les foudroyaient, à qui ilsfurent forcés de se rendre. Les habi-tans prenaient plaisir à me montrer laplace des canons.
Sur ces roches si âpres, l’on ne sait