attribuer le faible développement decelte ville; cependant les anciens sa-vaient prendre des précautions pouren atténuer les ellets, au moyen deleurs bois sacrés. Pestum était visitéepar quelques riches Romains, et Vir-gile a chanté ses roses, qui fleurissaientdeux fois l'an.
Nous avions six milles à faire pournous rendre à Eboli , où nous comp-tions passer une nuit dont nous avionsbesoin pour nous reposer ; et cessix milles il fallait les faire à pieddans un chemin , marécageux aux en-virons de Pestum , mais qui devientsalubre en approchant d’Eboli , grâceaux nouvelles cultures dont on a en-richi ces contrées. Dans le Nord, leslieux marécageux et malsains sont an-noncés par leur effrayant aspect; maisdans les contrées les plus funestes duMidi, la nature conserve une sérénitédont la douceur trompeuse fait illu-sion aux voyageurs.
Jusques à Eboli , la route est meil-leure ; enfin nous sommes dans la ville,et en toute hâte nous nous dirigeonsvers la Locanda nobile , que l’on nousdit avoir été autrefois un couvent defemmes.
Quiconque n’a pas voyagé dans laCalabre , ne peut se faire une idée desdéceptions que l’on éprouve à chaqueinstant ; qu’on n’aille pas se figurer etnos grandes routes et nos aubergesfrançaises, où l’on trouve à peu prèstout ce dont on peut avoir besoin. Ici,une auberge est une maison plus oumoins grande , plus ou moins bien si-tuée, suivant le pays , mais nullementdisposée pour recevoir le voyageur.Celle où nous descendîmes était de cegenre: au premier étage, où l’on nousfit monter , nous trouvâmes une grandesalle avec cheminée, mais dénuée dechaises que l’on avait remplacées par
des bancs, la plupart occupés par despaysans au chapeau pointu , à laveste jetée sur l’épaule en guise demanteau, et dont la mine rébarbativen’avait rien de rassurant.
Au milieu de la salle était une tableauprès de laquelle étaitassis gravementle gros aubergiste, ayant devant lui leregistre où chaque jour il inscrit lesvoyageurs condamnés à venir logerchez lui, et à manger sa détestable cui-sine. Rien de comique comme l’aird’importance qu’il se donnait.
Se femme, aussi grosse que lui,guères plus propre, allait et venaitpour activer le service, criant plutôtqu’elle ne parlait, selon l’usage dupays; une servante aux jupons saleset gras, aux cheveux mal peignés eten désordre, l’accompagnait et portaitles plats.
C’est dans cette salle commune quenous soupâmes ; notre air étranger nousvalut une fourchette et un verre, quenous eûmes le soin de nous faire don-ner en double : l’hôtesse eut l’attentionde nous dire qu’elle avait elle-mêmepréparé le repas. Après le souper,nous passâmes dans le grenier où onnous avait dressé deuxMits, ou, pourmieux dire, deux grabats.
De notre fenêtre notre vue planaitsur le paysage ; en face nous avionsune vigne grimpant sur un magnifiqueoranger couvert de fruits et de fleurs,qui répandait dans notre réduit uneodeur délicieuse.
Eboli , l’antique Eburi , est sur uncoteau et domine une vaste plaine,entre le Silaro , fameux pour la pro-priété de ses eaux pétrifiantes , et leBattipaglia , l’ancien Tuscianus. Quoi-que dans un terrain fertile, Eboli n’ajamais pu prospérer, à cause des dis-sensions qui s’élevèrent entre la com-mune et ses barons, vers le commen-