CASTELLAMARE. 45
ceaux de sculpture, en un grand nom-bre de papyrus, et en quelques sque-lettes, d’imprudens sans doute, car ilest prouvé que les habitans de Stabiaeurent le temps de s’enfuir et de sedérober aux cendres qui ensevelirentleur ville.
Vainement cbercberait-on dans l’his-toire une ville plus constamment mal-heureuse. Fondée parles Etrusques etles Volsques, tombée au pouvoir desPélasges, des Samnites et des Romains,aux trois quarts détruite par'SylIa, enfinengloutie tout entière sous les torrensde cendres qui couvrirent Pompeï , legouvernement ne l’a un moment rendueau monde que pour la replonger aus-sitôt dans le néant.
C’est dans la villa de Pomponianusà Stabia que Pline l’ancien trouva lamort.
Je vis à Castellamare le piédestald’une croix, qui était un ancien autelde Diane, et tout ce qui restait dutemple auquel il avait appartenu.
Nous devions nous rendre à Sorrento ,afin d’explorer dans ce voyage tout cequi se rapportait à cette côte; nousvoilà de nouveau dans une barque; onnous montra d’abord le village de Vico,qui s’aperçoit de loin ; Vico Equense ,anciennement Vicus Æquanus , petiteville, insignifiante alors comme au-jourd’hui, bâtie sur un rocher élevé,formé de masses énormes plus pitto-resques et plus imposantes les unesque les autres. Tantôt leurs sommetsavancés en voûte menacent d’anéantirla faible barque qui se hasarde à navi-guer sous leur ombre, tantôt leursflancs entr’ouverts laissent aperce-voir des grottes profondes ; quelque-fois on entend le bruit retentissantde pierres qui roulent du haut uc lamontagne dont elles se détachent-,et qui, en tombant dans la mer, font
écumer les vagues quelles refoulent.
Pendant que je considérais ce litto-ral et ses anfractuosités, la barqueavançait si près du rivage, qu’un mo-ment j’eus la crainte de la voir se brisercontre les rescifs qui le bordent; mapremière idée fut que le pilo te dormait ;me tournant brusquement pour le ré-veiller, je l’aperçois ouvrant de grandsyeux qui semblent me dire : « N’ayez» pas peur, je connais mon métier. »Je regarde la figure de William, surlaquellejenelispaslamoindre frayeur:reprenant alors mon rôle d’observa-teur, je remarquai des cavernes af-freuses , véritables repaires de cor-saires. La barque s’y dirigeait. Nousarrivâmes sous un énorme rocher,dont la tête élevée nous cachait lesrayons du soleil. Je ne savais que pen-ser de cette manœuvre : tout à coupnous passons sous une voûte basse,et aussi silencieuse qu’obscure. Maisbientôt la voûte s’élevant nous lais-sa découvrir la teinte bleuâtre desondes ; au delà était encore le jour etla mer. Nous sortîmes enfin de ceslieux efïrayans ; je compris alors quel’intention des mariniers avait été denous montrer cet accident de la nature.William m’avoua que la première foisqu’il avait fait ce voyage, les marinsétant des Calabrais, il avait éprouvéun sentiment de crainte , leur prêtantl’intention de vouloir dévaliser un An-glais , toujours supposé voyager lespoches pleines d’or. Nous rîmes beau-coup de cette terreur.
Descendant à terre chaque fois quenotre curiosité est excitée, cette foisnous vîmes sur le rivage, à droite deces cavernes , des ruines indiquantun silicernium , et plus loin, au piedde la montagne , près du couventdes Capucins, celles d’un coLomba-riurn.