Buch 
[2] (1835) Royaume de Naples, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] : Sicile et Malte, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] / par C.-D. de la Chavanne, D.-D. Farjasse et P****
Entstehung
Seite
52
JPEG-Download
 

52

L’ITALIE .

bourg, on voit une caserne qu’on pré-tend avoir fait partie d’une résidencede la reine Jeanne.

On passe ensuite à Résina « Retina»d’une antiquité aussi ancienne qu’Her-culanum ; elle fut ensevelie sous lesmêmes matières, le bourg actuel estbâti sur l’ancien. La lave sert de baseaux maisons, et il a fallu la couper dansle vif pour y faire passer la route ; onla voit encore à un mille environ dansla mer. Le duc me donnait ces détails,à mesure que la voiture nous entraî-nait rapidement ; enfin nous arrivâmessur la petite place où se tiennent lesciceroni et les ânes qui transportentles voyageurs. A peine descendus devoiture, nous nous vîmes enveloppéspar la foule ; c’était à qui s’empareraitde nous , à qui crierait le plus pournous offrir ses services et nous faireprendre son âne ; on eût dit une sédi-tion.

Le duc se chargea de nos accords.Je remarquai qu’il criait, et gesticulaitautant que les ciceroni ; il me dit quec’était le seul moyen de ne pas êtredupe , et que celui qui employeraitce que nous nommons les formes, neretirerait de cette politesse que l’avan-tage d’être indignement trompé. Unedemi-heure se perdit dans le désordrede nos préparatifs. Enfin, notre cara-vane se mit en marche au bruit assour-dissant des cris de joie de nos guides,qui ont une manière plaisante, maissûre, de faire avancer leurs ânes sansse fatiguer à les battre ; depuis long-temps il est démontré que cet animalest porté par instinct à faire l’opposéde ce qu’on exige de lui, aussi les ci-ceroni les guident par la queue, etn’ont besoin que de tirer un peu detemps en temps pour les faire avanceravec une vigueur incroyable.

A peine dépasse-t-on les dernières

maisons de Résina, que déjà l’on mar-che sur les laves dont la couleur noirâ-tre vient attrister la vue ( planche 4'5 ).Ici commence cette nature morte, ceprincipe de destruction gui tout d’uncoup transforme un pays fertile etriant en un désert de la mort ; tout icia quelque chose d’effrayant et de sinis-tre. Cependant l’œil se repose de tempsen temps sur quelques portions deterrain qui n’ont pas encore été enva-hies, ou qui, rendues par la succes-sion des temps à l’agriculture, se re-couvrent une autre fois d’arbres et devignes, et paraissent autant d’oasisdans le désert. C’est dans ces paragesque croît le vin de Lacrima Christi sirenommé. La cendre du volcan fertilisele cep et dédommage au moins desmaux que parfois elle cause : le Yésuvevomit non du feu, mais de l’or, ditle Napolitain, et il a raison; c’est àces laves que ces environs doiventleur fertilité. Il est des endroits char-gés de récoltes où l’on trouverait dif-ficil cment plus de deux pouces de terre :aussi nulle contrée du globe ne pos-sède , dans un même espace, autant depopulation que celle qui entoure lamontagne. Elle est environnée d’ha-bitations et de jardins, propriétésd’hommes qui oublient leur danger,en tâchant de tirer parti de la ferti-lité du sol. Ces hommes se familia-risent avec les plus grandes catastro-phes ; une fois passées , ils les oublient,et, l’éruption terminée, ils reviennentélever de nouveau leur maison à l’en-droit même où une funeste expériencedevrait les avertir de se tenir engarde.

Jusque-là notre excursion n’avaitrien de très-fatigant; nos montures ,accoutumées à ce chemin, allaientd’elles seules ; nos guides, tantôt enavant, tantôt à côté de nous, nous fai-