Nous avions organisé une partie auVésuve ou à la montagne, car c’estainsi qu’à Naples on désigne ce volcan ;il n’y avait pas de temps à perdre sinous voulions voir l’éruption qui du-rait depuis plusieurs jours. Nous par-tîmes huit, le duc et la duchesse d’An-zio, quatre de leurs amis, parmi les-quels un abbé savant de profession ,Edouard et moi ; des domestiques sui-vaient avec des provisions pour pré-parer un repas que nous devions fairechez l’ermite, après notre fatiganteexploration.
Pour quitter Naples , nous traver-sons la portion de la ville qui s’étendautour du golfe, et qui se nomme laMarinella; à notre droite la mer, àgauche, une rangée de maisons, toutesgarnies de guirlandes d’écorces d’o-ranges et de melons jaunes, qu’on gardepour Noël , et qui mûrissent à l’air.Ces maisons sont habitées par de pau-vres pêcheurs. Nous dépassons le châ-teau des Carmes, la caserne de cavale-rie , et nous voilà au pont de la Made-leine, sur lequel s’élèvent les statuesde San-Gennaro et de S. Antonio:nous sommes enfin hors de la ville ; lavue de la mer nous est dérobée parl’immense édifice des Granili , bâti parCharles III, qui offre une façade dequatre-vingt-sept fenêtres. Il fut con-struit pour renfermer les apjuovision-nemens de la ville, et sert aujourd’huide caserne pour l’infanterie. De cetédifice à la Torre del’ Anunziata ,l’ancienne Oplonti, la route qui côtoiela mer, n’est qu’une suite non inter-
rompue d’habitations charmantes et debourgs magnifiques : S. Giovanni àTeducio, Porlici, Résina, la Torre delGreco . Toute cette côte est habitéedans la saison de la Villegriatura , auprintemps , et en automne, par la no-blesse de Naples .
Por tici se dis tingue parmi ces bo urgs ;c’est le séjour royal ; le palais est beau,et le parc magnifique : la cour l’habitel’automne, et, pendant son séjour, cevillage devient le point central duluxeet du plaisir ; dans le mois d’octobre,la route est couverte d’une file con-tinuelle de carrosses et de promeneursà pied.
L’abbé me dit que son nom fut d’a-bord Porlico, puis, par corruption,Portici , et que le palais fut construiten 1738, d’après les dessins du romainCannavari. Il est sur la voie publiquequ’il enferme de manière à la faireservir de cour intérieure. Les voitureset les piétons traversent ainsi le palais,entrant par une porte et sortant parl’autre, ce qui doitrendre cette habita-tion fort bruyante; un tel mouvementm’a paru contraster d’une manière sin-gulière avec le calme imposant quidevrait régner dans la demeure d’unroi.
Portici a un petit port appelé leGranatello.
Immédiatementaprèslepalais, vientRésina. Le prince de Salerne , oncle duroi, y possède un beau château danslequel est une salle dont le pavé enmarbre a appartenu à l’un des palaisde Tibère : dans une autre partie du