7 °
En 1804 . il y eut une éruption assezfaible ( planche 4 2 ) • M. de Chateau-briant se trouvant au commencementde l’année à Naples , eut la curiositéde faire une course au Vésuve . Voici ladescription qu’il nous en a donnée :
» Aujourd’hui 5 janvier, je suis partide Naples à sept heures du matin ; mevoilà à Portici . Le soleil est dégagé desnuages du levant, mais la tête du Vé-suve est toujours dans le brouillard. Jefais marché avec un cicerone pour meconduire au cratère du volcan. Il mefournit deux mules , une pour lui, unepour moi : nous parlons.
«Je commence à monter par un che-min assez large, entre deux champs devignes appuyées sur des peupliers. Jem avance droit au levant d’hiver. J’a-perçois , un peu au-dessus des vapeursdescendues dans la moyenne région del’air, la cime de quelques arbres : cesont les ormeaux de l’ermitage. Depauvres habitations de vignerons semontrent à droite et à gauche, au mi-lieudes riches ceps dii Lacrima-Christi.Au reste, partout une terre brûlée,des vignes dépouillées entremêlées depins en forme de parasols, quelquesaloès dans les haies, d’innombrablespierres roulantes, pas un oiseau.
» J’arrive au premier plateau de lamontagne. Une plaine nue s’étend de-vant moi. J’entrevois les deux têles duVésuve ; à gauche la Somma , à droitela bouche actuelle du volcan : ces deuxtêtes sont enveloppées de nuages pâles.Je m’avance. D’un côté la Somma s’a-baisse ; de l’autre je commence à dis-tinguer les ravines tracées dans le cônedu volcan, que je vais bientôt gravir.La lave de 1766 et de 1769 couvre laplaine où je marche. C’est un désertenfumé où les laves , jetées comme desscories de forge, présentent sur unfond noir leur écume blanchâtre , tout-
à-fait semblable à des mousses dessé-chées.
» Suivant le chemin à gauche, et lais-sant à droite le cône dü volcan , j’arriveau pied d’un coteau ou plutôt d’un murformé de la lave qui a recouvert Hercu-lanum. Cette espèce de muraille estplantée de vignes sur la lisière de laplaine, et son revers offre une valléeprofonde occupée par un taillis. Lefroid devient très-piquant.
» Je gravis cette colline pour me ren-dre à l’ermitage que l’on aperçoit del’autre côté. Le ciel’ s’abaisse , les nua-ges volent sqr la terre comme une fu-mée grisâtre, ou comme des cendreschassées parlement. Je commence àentendre le murmure des ormeaux del’ermitage.
» L’ermite est sorti pour me recevoir.Il a pris la Irride de ma mule, et j’aimis pied à terre. Cet ermite est ungrand homme de bonne mine, et d’unephysionomie ouverte. Il m’a fait en-trer dans sa cellule ; il a dressé le cou-vert, et m’a servi un pain , despommes et des œufs. Il s’est assisdevant moi, les deux coudes ap-puyés sur la table, et a causé tranquil-lement tandis que je déjeunais. Lesnuages s’étaient formés de toutes partsautour de nous ; on ne pouvait distin-guer aucun objet par la fenêtre de l’er-mitage. On n’oyait dans ce gouffre devapeurs que le sifflement du vent et lebruit lointain de la mer sur les côtesd’Herculanum : scène paisible de l’hos-pitalité chrétienne, placée dans unepetite cellule au pied d’un volcan, etau milieu d’une tempête !
» L’ermite m’a présenté le livre oùlesétrangers ont coutume de noter quel-que chose. Dans ce livre, je n’ai pastrouvé une pensée qui méritât d’êtreretenue ; les Français , avec ce bon goûtnaturel à leur nation, se sont contentés