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descendre. Le guide s’arrête et m’aver-tit de me préparer. Nous allons nouspréci piter.
» Nous voilà au fond du gouffre (i).Je désespère de pouvoir peindre cechaos.
» Qu’on se figure un bassin d’unmille de tour et de trois cents pieds d’é-lévation , qui va s’élargissant en formed’entonnoir. Ses bords ou ses paroisintérieurs sont sillonnés par le fluidede feu que ce bassin a conlenu, et qu’ila versé au dehors. Les parties saillantesde ces sillons ressemblent aux jamba-ges de briques dont les Romains ap-puyaient leurs énormes maçonneries.Des rochers sont suspendus dans quel-ques parties du contour, et leurs dé-bris, mêlés à une pâte de cendres , re-couvrent l’abîme.
» Ce fond du bassin est labouré dedifférentes manières. A peu près au mi-lieu, sont creusés trois puits ou petitesbouches nouvellement ouvertes , et quivomirent des flammes pendantle séjourdes Français à Naples , en 1798.
» Des fumées transpirent à travers lespores du gouffre, surtout du côté de laTorre del Greco . Dans le flanc opposé,vers Caserte , j’aperçois une flamme.Quand vous enfoncez la main dans lescendres , vous les trouvez brûlantes àquelques pouces de profondeur sousla surface.
» La couleur générale du gouffre estcelle d’un charbon éteint. Mais lanaturesait répandre des grâces jusque sur lesobjets les plus horribles. La lave enquelques endroits est peinte d’azur,d’outre-mer, de jaune et d’orangé. Desblocs de granit, tourmentés et torduspar l’action du feu, se sont recourbés
(1) Il n'y a que de la fatigue et peu de danger àdescendre dans le cratère du Vésuve . Il faudrait avoirle malheur d'y être surpris par une éruption. Lesdernières, étuplioas ont changé la foi me du cône.
à leurs extrémités, cpmme des palmeset des feuilles d’acanthe. La matièrevolcanique, refroidie sur les rocs vifsautour desquels elle a coulé , forme çàet là des rosaces, des girandoles, desrubans ; elle allècte aussi des figuresde plantes et d’animaux, et imite lesdessins variés que l’on découvre dansles agates. J’ai remarqué sur un rocherbleuâtre un cygne de lave blanche par-faitement modelé; vous eussiez jurévoir ce bel oiseau dormant sur une eaupaisible, la tête cachée sous son aile,et son long cou alongé sur son doscomme un rouleau de soie.
Ad vada Meandri concinit nlbus olor.
» Je retrouve ici ce silence absolu quej’ai observé autrefois, à midi, dans lesforêts de l’Amérique , lorsque, rete-nant mon baleine, je n’entendais quele bruit de mes artères dans mes tempeset le battement de mon cœur. Quelque-fois seulement des boudées de vent ,tombant du haut du cône au fond ducratère, mugissent dans mes vêtemensou sifflent dans mon bâton; j’entendsaussi rouler quelques pierres que monguide fait fuir sous ses pas, en gravis-sant les cendres. Un écho confus, sem-blable au frémissement du métal ou duverre, prolonge le bruit de la chute, etpuis toutse tait. Comparezcesilencedemort aux détonations épouvantablesqui ébranlaient ces mêmes lieux, lors-que le volcan vomissait le feu de sesentrailles, et couvrait la terre de té-nèbres.
» On peut faire ici des réflexions phi-losophiques, et prendre en pitié leschoses humaines. Qu’est-ce en effetque ces révolutions si fameuses desempires, auprès de ces accidens de lanature, qui changent la face de la terreet des mers? Heureux du moins , si leshommes n’employaient pas à se tour-menter mutuellement le peu de jours