Si
suve est-il entr’ouvert, ou s’agit-il dequelque grande fête? Non, ce bruitc’est celui de tous les jours. Une foulede causes le produisent.
Naples est cernée par une chaîne demontagnes qui la dominent entière-ment. Ses rues, très - longues et très-étroites , pavées en larges dalles , sontcreuses en dessous. Les maisons, enpierres de taille, n’ont jamaismoinsdecinq étages. Ajoutez à cela plus de troiscents églises et autant de palais, for-mant écho; faites rouler à la fois sur cesdalles retentissantes dix mille voituresde tout genre et de toutes formes, deschariots traînés par des bœufs, au coudesquels pend une énorme cloche ; joi-gnez à ce fracas le bruit des divers mé-tiers s’exerçant tous dans les rues, lecarillon de sept à huit cents cloches,les cris de cent cinquante mille hom-mes, et vous concevrez peut-être letumulte de cette bruyante cité.
Naples paraît un grand hôtel habitépar une foule de personnes. Les mai-sons en sont les chambres à coucher; cartout ce que les hommes ont coutume defaire, s’exécuteaudehors. J’ai déjà par-lé de Sainte-Lucie ( voyez PI. 29 etPL 3 o ), de ses pêcheurs et des soupersqui se font en plein air. J’ajouterai queles artisans n’ont pas de boutiques ,mais une table dans la rue, avec les ou-tils qui concernent leurs métiers; là,on les voit donner des coups de mar-teau, fder, coudre, limer, raboter, ra-ser, pendant toute la journée. Le trai-teur plume et fait rôtir sa volaille, faitfrire ou bouillir son poisson; ceux quiont faim arrivent et mangent. A côtéest une table à laquelle est fixée uneperche , un homme y travaille unepâte de farine de maïs et de mélasse,qu’il nomme mellicole. Enfin viennentles frultaioli ou marchands de fruits,dont la variété et l’abondance sont au-N.
dessus de toute description. Grâces àla facilité des communications, et à laperfection apportée au jardinage, tou-tes ces espèces sont connues dans Pa-ris ; mais ce dont on n’a pas idée, c’estla profusion avec laquelle la nature lesa jetées à Naples , et le bas prix auquelon les donne.
Une des choses de la vie animaledont on fait grand cas, c’est le fromage ;la consommation en est considérable.Les marchands , qu’on nomme casad’olio, ne tiennent que cette marchan-dise , l’huile et la viande salée. L’espècepréférée est le caccio cavallo ; il se faitdans le royaume, et a la forme d’unecalebasse de pèlerin, suspendue à uncordon ; toute la boutique en est gar-nie; je n’ai cependant encore rien trou-vé qui justifiât cette prédilection. Acôté de ce fromage est celui de buffle,appelé muzarella , et qui s’allonge com-me du cuir. Ce commerce est bon, cartous les marchands font bien leurs af-faires. Ils ont une manière d’arrangerleur boutique qui leur est particu-lière. L’ornement principal et indis-pensable est une grande table de marbreblanc, au milieu de laquelle est uneplus petite, de même matière, sup-portée par des colonnes ou par des génies qui soutiennent des cornes d’abon-dance, car c’est ici que s’exercent le goûtet l’esprit des vendeurs. Le devant dela petite table est orné de bas-reliefsreprésentant la Cène ou Bacchue oubien, on y lit des proverbes et des sen-tences sacrées ou profanes.
Un chose bizarre qui frappe le voya-geur, c’est l’absence d’un costume na-tional pour les troupes. On croirait laville envahie par des soldats étrangers,tant la copie des uniformes des autresnations est scrupuleusement adoptée.Les officiers de marine veulent à touteforce être pris pour des Anglais ; les
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