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troupes de terre élouflcnt dans des ha-bits russes ou autrichiens; en cela seu-lement ils sont copistes, car, pour lereste, on dirait que ce peuple a prisà tâche d'agir tout au rebours des au-très. Ainsi ce sont des hommes qui tra-vaillent , font les robes, les corsets,l’accommodent les bas, car la plupartdes femmes ne savent pas même tenirl’aiguille , et l’on n’en voit pas uneseule dans un magasin. Au lieu devendre le lait, comme dans les au-tres pays, on promène la vache de mai-son en maison ; une cloche pendue àson cou avertit de son passage; aussi-tôt de toutes les fenêtres descendentdes paniers contenant un verre, on traità mesure, et autant que l’acheteur ena besoin; l’opération terminée, le pa-nier remonte pour redescendre une se-conde fois avec l’argent, car à Naples on se fait servir avant de payer.
Ces vaches ont long-temps partagéleur libre accès dans les rues avec lescochons et les veaux; mais l’adminis-tration française a réformé cet abus , àcause des accidens graves qui en ré-sultaient ; la volaille prend aussi part àla liberté générale : les rues et les placespubliques sont encombrées de pouleset de pigeons pendant toute l’année.
Encore un usage particulier à l’Ita-lie , mais qui commence à s’y perdrepour se concentrer dans le seul royaumede Naples , c’est la manière de compterles heures par vingt-quatre. La pre-mière commence avec le coucher dusoleil. La concordance de cet horaireavec le nôtre est assez difficile. Le so-leil se couchant en été à huit heures eten hiver à cinq, cette concordance nesaurait être fixe. Les almanachs ontsoin d’indiquer tous les quinze joursles variations du coucher du soleil, etle Napolitain de demander à quelleheure se trouve midi, qui varie de
seize heures en été, à dix-neuf en hiver;une fois ces indications connues, il estaisé de calculer.
« Due ore » signifie deux heures ita-liennes « aile due », deux heures espa-gnoles ou françaises . Il est plus essen-tiel qu’on ne croit de se former à cettehabitude, car il pourrait en résulterdes quiproquo , tel que celui assezplaisant qui m’arriva. On m’avait don-né rendez-vous dans une maison pourune promenade, à deux heures. J’avaiscompris deux heures après midi, ettout en trouvant étrange qu’on eûtchoisi le moment le plus chaud de lajournée, je m’y rendis ; le silence le pluscomplet régnait dans la ville; les égli-ses, les boutiques, les maisons, toutétait hermétiquement fermé. Je réali-sais le proverbe, «à midi on ne ren-contre dans les rues que les chiens oules Français ; » je commençais à craindred’avoir mal entendu, et je me deman-dais quelle espèce de promenade nousallions faire ; cependant, esclave de maparole, j’avançais toujours; j’arrive àla maison, je monte, point de sonnette;je frappe, personne ne répond; je re-double, alors le vieux serviteur ouvreune petite lucarne grillée dans le hautde la porte, et, reconnaissant ma figure,s’écrie : « è il signorfrancese! » « c’estle seigneur français ! » Je dqtnande àentrer. « Impossibile, dormono tuttiquanti , » « impossible, ils dormenttous; » ce ne fut que le soir que j’eusl’explication de mon rendez-vous, ilétait pour deux heures de nuit.
Déjà bien des fois j’avais formé leprojet d’aller au Môle pour y rire desscènes burlesques qui s’y passent, jeme décidai un après-midi.
Le Môle est une jetée, prolongéedans lamer,et qui, tournant en coude,en fait un port factice, à défaut d’unnaturel que la nature a refusé à la ville.