de blé doit suffire à la nourriture de laville pour un an,si on en expulse toutesles femmes de mauvaise vie, les maristrompés, les enfans naturels et les vo-leurs ; on voit qu’il n’estpastrès-mesurédans ses propos. D’autres fois, songrossier idiome sert de passeport auxplus grosses ordures qui sont l’apanagede son rôle, ordures à la faveur des-quelles Naples rit plus en une soirée,que tout le reste de l’Italie dans lecours d’une année. Les étrangers quine peuvent partager ce plaisir sont ai-sément reconnus à leur sérieux ; il fautêtre de Naples ou l’avoir habité long-temps , pour bien comprendre toutela finesse du rôle de Pulcinella.
A Pulcinella succède le chanteur ,( PI. 47 ), non le chanteur de Paris , po-litique ou grivois, tel qu’on l’entenddans nos carrefours, mais le chanteurqui autrefois charmait les oreilles desGrecs avec les poésies d’Homère . Sansrougir de son goût classique, le Laza-rone écoute avec avidité les poèmes sirebattus du Tasse ou de l’Arioste , lesaventures et la vie de Martino , lesexploits de Renaud de Montauban, undes preux de Charlemagne , « Jîinal-do » le héros de la Jérusalem , et ceuxde Tita Grieco. Ces deux derniers ontleurs sectaires dévoués ; souvent desrixes sanglantes-ont lieu entre leurspartisans.
Chaque jour, une heure avant lecoucher du soleil, le chanteur s’avance,son livre à la main. En un clin d’œille cercle est formé, les auditeurs, assisen rond autour de lui, sont la plupartà demi vêtus et immobiles par excèsd’attention. On leur apporte de tempsen temps des verres d’eau; ce simplerafraîchissement est tout ce qu’il fautà ces hommes pendant des heures en-tières, tant leur esprit est occupé. Leconteur fait les gestes les plus animés,
sa voix est haute, il se fâche et se pas-sionne, et cependant on voit qu’il estau fond parfaitement tranquille.Néan-moins , la pantomime animée des ha-bitans du Midi ne donne pas l’idée del’alfectation. C’est une habitude sin-gulière qui leur a été transmise, sansdoute, par les Romains, aussi grandsgesticulateurs, elle Lient à leur dis-position vive , brillante et poétique.
L’orateur, avec une mélodie très-uniforme, et qui ressemble en quelquesorte au récitatif, gesticulant de toutesses forces, lit une strophe qu’il récited’abord en entier, puis qu’il recommen-ce, en expliquant vers par;vers en lan-gue vulgaire, les passages qui n’ontpas été compris, carlalafigue italiennene demande qu’une terminaison un peudifférente pour accroître , diminuerou travestir le sens des paroles. L’onpourrait dire qu’elle va d’elle-même,exprime sans qu’on s’en mêle, et paraîttoujours avoir plus d’esprit que celuiqui la parle. Décrit-il un combat àoutrance, tel qu’il s’en trouve dans lelivre, il le rend sensible en pantomi-me , autant qu’il peut; il est mêmeassez ordinaire qu’il donne.de rudescoups à ceux qui se trouvent le plusprès de lui, ce qui fait rire les autres.Le bras droit en avant en guise d’é-pée , il tient le livre de la main gauchecomme un bouclier pour se garantirla poitrine, fond sur son ennemi, luifait mordre la poussière, ou bien enreçoit une blessure, et alors donne lesmarques de la plus vive douleur. C’estdans ce moment qu’il faut voir ces fi-gures demi-africaines refléter avecune mobilité surprenante, toutes lessensations qu’elles ressentent ; c’est aupoint que l’on ne sait si l’on doit faireplus attention aux grimaces du lecteurqu’à l’air stupéfait des spectateurs quile regardent les yeux fi xe et la bouche