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( PI. 4^ ). Malgré ma répugnance pources tristes cérémonies, la nouveautéde celle - ci attira mes regards. C’estune sorte de fête, une procession. Lesmorts sont transportés dans des caissesrecouvertes d’une draperie de ve-lours rouge rehaussé d’une broderieen or. On serait tenté de deman-der s’ils sont portés en terre par desliommes vivans ou par des spectres, etla question serait pardonnable , cartous ceux qui environnent le cercueilsont vêtus en blanc depuis le sommetde la tête jusqu’à la plante des pieds,sans en excepter le visage; il n’v aque deux trous pratiqués pour lesyeux dans la partie qui le cache.Quand vingt à trente de ces spectresmarchent en murmurant des psaumeset en tenant des flambeaux à la mainpendant une nuit obscure, et que l’onvoit un cercueil recouvert j usqu’à terre,qui marche sans que l’on sache par quini comment il est porté, il n’est pas éton-nant que l’on éprôuve de la surprise.Don Paolo,à qui j’en parlai le soir mê-me, me dit qu’il y a dans Naples diffé-rentes confréries pieuses dont un desdevoirs essentiels est d’accompagner lesmorts au cimetière. Chacun se fait unméritede s’y faire affilier ; ce sont ordi-nairement les rapports de fortune ouceux de l’amitié qui décident ce choix.Dans ces confréries sont des jeunesgens des premières maisons ; le but enest louable, c’est la charité qui les in-stitue; elles sont devenues nécessairesdans un pays où il est beaucoup defamilles nombreuses qui se contententd’une existence modeste, et, confiantesen la Providence, vivent de ce que leurchef gagne. Tant que ce chef est à latête de sa famille, tout marche; maisqu’une maladie survienne, voilà lamisère et tout son cortège; les mé-dicamens coûtent; s’il meurt, quel-
que modeste que soit le convoi, leclergé exige des honoraires qu’on estembarrassé de donner; s’il est membred’une confrérie, moyennant une rede-vance journalière et modique, verséedans une caisse commune, lorsqu’unfrère ou un membre de sa familletombe malade; un médecin le visite,des médienmens lui sont administrés,tout cela aux frais de la confrérie, etsi le malheur veut qu’il succombe, sonconvoi a lieu sans qu’il en coûte rienaux parens. Institution philanthropi-que, qui devrait être adoptée dans tousles pays !
Une de ces confréries se charged’accompagner les patiens au suppliceles jours d’exécution; les frères, unebourse à la main, parcourent les diffé-rens quartiersdela ville en criant saniemesse , «saintes messes» ; l’argent qu’ilsrecueillent est fidèlement remis entreles mains d’un prêtre, et des messessont dites pour le repos de l’aine et lepardon du coupable.
11 y a aussi à Naples une espèce dereligieuses appelées monaca di casa ,« nonne delamaison », qui n’appartien-nent à aucun ordre, et qui ont faitvœu de porter toute leur vie le cos-tume religieux, et de vivre dans lachasteté, sans renoncer au monde,mais, au contraire, de le fréquenteravec ce vêtement et de s’y montrer avecorgueil; elles sont vêtues en noir, etportent sur la tête une petite coifféblanche qui leur entoure le visage etles rend passablement laides, il est vraique je n’ai pas vu une seule de cesreligieuses qui fût jeune. Les parenscroient qu’avoir une monaca di casadans leur famille leur porte bonheur,aussi sont-ils enchantés quand une deleurs filles se voue à cet état.
Édouard, qui veut tout me montrer,m’a conduit au cimetière, ou Campo-