Santo. Je ne sache pas de ma vie avoiréprouvé une émotion semblable, j’enai conservé pendant plusieurs jours unspleen épouvantable, et même encorede temps en temps ce souvenir af-freux me poursuit; à Naples , la conso-lation de répandre des larmes sur latombe de l’èlrc qui vous fut cher vousest interdite; l’usage d’enterrer dansles églises n’existant plus, le Campo-Santo estdevenule cimetière commun.Qu’on se figure un grand cloître car-ré, dans lequel sont pratiquées troiscent soixante-six fosses, recouvertesd’une pierre qu’on lève et qu’on scelleaprès qu’on y a entassé les cadavreschaque soir, pour ne la rouvrir qu’unan après, jour pour jour ; jeté pêle-mêledans cet immense trou, que l’on re-couvre de chaux vive, nulle trace devous n’existe plus sur la terre. Ferdi-nand l' r . le fit construire en 1772 , surles dessins du cavalier Fuga , Floren-tin, il y dépensa trente mille ducats.Les hôpitaux achetèrent le droit d’yfaire porter leurs morts, aujourd’hui ilappartient à la ville ; un peu au delàest le mont Lautrec, ainsi nomméparce que ce général vint y camperlorsqu’il mit le siège devant Naples en 1628. Sous cette montagne est unecaverne appelée Dcgli sporliglioni ,« des chauves-souris » , à laquelle, ondonne une demi-lieue de longueur, etoù l’on déposa les cadavres des pesti-férés en i656, au nombre de plus decinquante mille. La piété des Napoli-tains a érigé tout auprès une chapelle,sous le nom de Santa Maria delpianto-,aussi le tableau du grand autel repré-sente une Yierge retenant la foudredans les mains de son fils irrité : il estd’André Yaccaro ; on y voit aussi deuxtableaux de Giordano qui sont très-beaux , quoique faits en trois jours. LeCoup d’ceil que l’on a de cette église
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est admirable ; on voit une grande par-tie de la ville et des campagnes char-mantes qu’arrose le Sebeto.
Pour terminer dans la même jour-née tout ce qui avait rapport aux cé-rémonies lugubres, nous revînmes surnos pas ; notre intention était de visi-ter les catacombes, et l'hospice de SanGennaro deiPoveri, dont l’église s’ap-pela d’abord San Gennaro extra mœ-nia, « hors murs » ; ce fut là qu’on dé-posa le corps de saint Janvier , lors-qu’il fut apporté à Naples . Elle étaitprimitivement creusée dans la monta-gne ; en 788 on bâtit celle qui subsisteaujourd’hui ; et on y joignit un hôpitalpour les pauvres, et un monastère debénédictins qui fut aboli en 1476- Lorsdelapestedci656, on y construisit plu-sieurs édifices pour servir de lazarets;enfin dix ans après, le vice-roi, Pierre deTolede, conçut l’idée d’y réunir tous lespauvres du Royaume. En conséquenceil en augmenta les bâlimens, mais ceprojet a été depuis grandiosement exé-cuté par Charles III, qui fit construireà cet effet Yalbergo dei Poveri dans larue S. Carlo ail’ Arena. San Gennaro ne renferme plus qu’une poignée depauvres invalides que le gouvernemententretient à bien peu de frais, et quisont destinés à accompagner les con-vois funèbres. Ils sont vêtus en bleude ciel, avec un manteau à l’espagnole,et portent une lance en bois noir, sur-montée d’une pique au-dessous de la-quelle est un écusson en bois et unpetit étendard également noir ; sur l’é-cusson et l’étendard sont peints enblanc les attributs de la mort.
Nous étions aux fêtes de la Pente-côte, qui sont aussi celles de la 31 a-dona dell’ Arco , époque où l’on serend en pèlerinage à un petit villagepeu distant de Naples . J’avais eu l’en-vie d’y aller. J’en fus détourné par Don