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Paolo. « Qu’irez-vous y faire, me dit-il,vous fatiguer, vous couvrir de pous-sière, par un soleil ardent, pour ar-river dans un pays , où vous ne trou-verez ni à boire ni à manger. Cesjours-là, tout est pris, consommé, lafoule s’y transporte de tous les points.Du reste, si votre but est d’avoir uneidée de cette fête , nous irons demainnous placer sur le pont de la Made-leine, delà nous verrons revenir lespèlerins, et vous aurez obtenu le mêmerésultat sans fatigue. »
Cetteidée me plut, d’autant que, jel’avoue, les coliues ne sont pas de mongoût, et dès qu’un Napolitain m’endétournait, et lui-même n’y allait pas,c’est qu’il avait de bonnes raisons, carici l’on ne refuse jamais un plaisir.
Le lendemain donc, deux heuresavant la chute du jour, ou, pour m’ex-primer à la napolitaine, à vingt-deuxheures, j’étais près du pont avec DonPaolo et sa famille. Nous n’attendîmespas long-temps ; des cris, des tamboursde basque, des castagnettes, se firententendre ; en un clin d’œil les quais setrouvèrent envahis par la foule. Unnuage de poussière s’éleva, nous vîmesarriver, traînés par des bœufs, d’énor-mes et lourds chariots de forme anti-que à quatre roues égales, portant unearmée entière de femmes, d'hommes,d’enfans, et garnis de cerceaux ornésde feuillages, jusques aux roues quien étaient masquées ( PI. Puis descalessi , sur lesquels étaient entassésdix à douze passagers vêtus aux cou-leurs tranchantes, les uns brûlant lepavé, d’autres se traînant pas à pas,enfin, la foule immense à pied, dan-sant, chantant, hurlant même. Hommeset femmes, tous font la route en dan-sant la tarentelle, qu’accompagnent desvoix à se faire entendre à un mille.Celte danse, dont les Espagnols ont
donné à Paris une imitation, ne res-semble point à la danse française ; pourcelle-ci, il faut une réunion, une mu-sique ; pour la tarentelle, elle pourraitsedanser seule au besoin, cependant c’està deux qu’elle s’exécute; une voix, untambour de basque, des castagnettes,en sont la seule musique; aussi, commeil est très-facile de trouver partout cesinstrumens dont la réunion même n’estpas nécessaire, on danse la tarenlelledans les rues, dans les cours des hôtels,sur les terrasses des maisons; aujour-d’hui sur la grande route.
Le caractère de la musique est ex-primé tour à tour par la précision et lamollesse des mouvemens, et je ne saisquelle sensibilité d’imagination élec-trise à la fois les témoins de cette dansemagique, il me fut difficile de résister àl’envie qu’on prend de danser. Lorsqu’ily a une multitude d’acteurs, ils for-ment divers groupes ; lorsqu’ils ne setrouvent pas assez nombreux, ils sesuccèdent sans pour cela interromprela danse. Le remplaçant, d’un bond,se place devant le danseur, et continueen attendant qu’on lui joue le mêmetour. Des éclats de rire ne manquentpas d’accompagner cette espièglerie,qui se répète souvent.
Il est un moment dans cette danse oùla femme se met à genoux, tandis quel’homme tourne autour d’elle, non enmaître, mais en vainqueur. L’instantd’après, ils changent de rôle, l’hommeà son tour se jette à genoux , et c’cstla femme qui danse autour de lui. Ilfaut voir cette course légère, exécutéeavec la rapidité de l’éclair, une mainélevée en l’air agitant un tambour debasque, et faisant retentir le son decet instrument! Venaient ensuite d’au-tres hommes, marchant armés de longsbâtons, auxquels étaient suspendus deschapelets de noisettes sèches et de pc-