102
qu’elles arrivent à Pouzzoles arrosées del’eaude la me:, et que, mangées sur lelac même, elles sont trop douces. Ceshuîtres autrement faites que cellesque nous connaissons à Paris , ont uneforme si irrégulière , qu’à la premièrevue on est tenté de les prendre pourde petits fragmens de rochers; ellessont engraissées dans une eau à demisalée, dont la pêche appartient au roi,qui l’ailerme et en retire un lucre con-sidérable.
Pouzzoles abonde en toutes sortes defruits, et approvisionne Naples enprimeurs.
Nous voulûmes visiter la cathédrale :c’était un dimanche; nous la trouvâmesouverte; elle est bâtie sur les ruinesd’un temple dédié à Auguste , et toutentier en marbre, ainsi qu’on le lit surle fronton; il y avait autrefois des co-lonnes corinthiennes dont il reste desfragmens du côté delà cour ; elles sou-tiennent une architrave bien tra-vaillée.
Tout le long de la route, nous avionsremarqué des restes nombreux de con-structions antiques, des tronçons decolonnes et des débris d’inscriptions.En continuant une trentaine de pas audelà de l’édifice appelé Sedile de lanoblesse , nous vîmes quatre marbresde trois pieds carrés avec des inscrip-tions arabes gravées en relief; il estprobable qu’elles recouvraient des tom-beaux ; elles portent différentes dates,depuis 1200 jusqu’en 1600.
En descendant de la cathédrale,nous nous trouvâmes sur le rivage,proche du môle, restauré à la moderne,et où quelques misérables barques ontremplacé cette multitude de naviresétrangers qui venaient trafiquer àPouzzoles ; nous nous dirigeâmes verslelieu Ail pont de Caligula. Ces ruines,sujet d’une controverse assez compli-
quée , se composent de treize gros pi-liers et de plusieurs arches, reste devingt-cinq. Le duc, fort de l’autoritéde Suétone , me demanda si je me sou-venais de son récit; l’abbé vous feraitcette citation en latin, me dit-il enriant, moi je vais vous la faire en lan-gue moderne, en ajoutant à Suétone ce que d’autres auteurs nous onttransmis.
« Le nom de pont de Caligula , quiest resté, a pour origine le spectacleextravagant que cet empereur a donnédans la pompe d un triomphe où ilsembla vouloir surpasser la démencede Xercès, et célébrer des victoiresimaginaires contre les Parlhes, lesDaccs et les Bretons.
» A cet effet, il fît construire un pontde plus d’une lieue de long. Ce ponts’attachait à l’extrémité des piles ettraversait cette partie du golfe jusqu’àBaïa.
» Il était impossible de bâtir dans lesprofondeurs de la mer, sur une lignede 2,818 toises. 11 fallut donc réunir ungrand nombre de vaisseaux, et même enconstruire de nouveaux qui, retenuspar des ancres et attachés avec deschaînes, pussent permettre d’établirdessus une roule bordée de parapets.
» La suspension des transports parmer occasiona une famine générale enItalie , et plus particulièrement àRome; mais pour Caligula , les hor-reurs d’une calamiténe pouvaient qu’a-jouter à l’éclat de son triomphe. Lapompe dura deux jours.
» Le premier, l’empereur, revêtu delaclilamyde, armé de l'épée d’Alexandrele Grand , et le fron t orné d’une couronnede chêne, traversa le golfe à cheval ; lejour suivant il revint de Baïa sur unquadrige, traînant à son char le jeuneDarius , fils dArtabane, donné enotage parles Partbes ; et, pour que ce